Voyager seule: aller en taxi de l’aéroport de Delhi à son hôtel la nuit.

Voyager seule oblige à prendre des décisions qui peuvent être lourdes de conséquences en termes de sécurité. Il faut donc contrôler un maximum. Voici comment j’ai fait pour aller seule en taxi de l’aéroport de Delhi à mon hôtel la nuit.

Mon arrivée à Delhi est prévue à 1h30 du matin. Je ne m’étais pas trop inquiétée à l’avance, partant du principe que la validation des visas électroniques (photo, prise des empreintes, impression sur 2 pages?…) par l’immigration prendrait des heures, surtout pour un A380-800 bondé. J’avais envisagé de me faire envoyer un taxi par mon hôtel, mais l’ignorance de l’heure réelle de sortie  de l’aéroport m’avait dissuadée. Je m’étais dit, bof, petit retard d’avion, durée du débarquement: 1 heure, deux heures pour passer à l’immigration, ça nous mène à 5h du matin, un long petit déjeuner à l’aéroport, le métro ouvre, et voilà… on verra bien, c’est ça aussi l’aventure. Et aussi, soyons honnête,  l’anticipation, ce n’est pas toujours mon fort.

Mais je n’avais pas vraiment toutes les infos… Dans le registre organisation, anticipation, le guide touristique que j’ai emprunté à la bibliothèque datait de 2012. Il m’a quand même permis de découvrir une semaine avant le départ que j’avais besoin d’un visa ! J’investis dans un guide du routard à l’aéroport une heure avant le décollage.

Et là qu’est-ce que je lis ? « Un bon conseil pour les routard(e)s voyageant seul(e)s. Certains avions arrivent très tôt le matin, le métro ne fonctionne pas encore, et les taxis alors  présents sont loin d’être tous dignes de confiance, loin de là. De nombreuses plaintes en témoignent… On vous conduit à une adresse différente de celle demandée, ou pire. Vous pouvez vous retrouver coincé(e) dans un quartier sordide entouré(e) de personnes aux intentions peu délicates… la meilleure solution consiste alors à passer le reste de la nuit dans l’aéroport. » Wouaouh.

J’ai angoissé pendant tout le vol, au point de payer une connection internet pour essayer de me faire envoyer un taxi à mon nom par l’hôtel, via booking, puisque je n’ai pas trouvé d’autre contact. Cette connection marchait extrêmement mal, ne payez pas pour ça. Pas de réponse de l’hôtel au moment de l’atterrissage.

L’aéroport de Delhi, ce n’est pas  celui de Montréal ou de Lyon où on poireaute 1h pour passer l’immigration, pour juste rentrer à la maison. En 20 minutes, en traînant un max, en passant la dernière, je me suis retrouvée propulsée dans la petite zone duty free. Et là dilemme : humer des parfums pendant 5 heures (migraine assurée) ou tenter de gagner mon lit (arnaque probable, mais pas plus que de jour, et agression non certaine quand même)? Je me suis dit que je ne pouvais pas prétendre parcourir le monde et rester terrée dans un aéroport de peur d’affronter l’extérieur.

Quelle sont les choses à faire quand on doit sortir de l’aéroport seule la nuit

1. Appeler son hôtel :

Je conseille de passer cet appel avant de sortir à l’air libre; si vous n’arrivez pas à joindre votre hébergement, vous n’aurez pas l’air paumée voire paniquée devant tout le monde, avec un téléphone qui représente un ou deux mois de salaire local à la main. Vous aurez le temps de réfléchir et pourrez encore décider (le plus sage dans ce cas, à mon avis) de rester dans l’enceinte de l’aéroport jusqu’au matin.

Vérifiez les points suivants:

1) que le point de chute est fiable (fréquente arnaque à l’hôtel fermé), que votre réservation est effective et que vous avez bien une chambre qui vous attend, et enfin que l’hôtel (ou équivalent) est bien ouvert de nuit: il est toujours désagréable d’attendre le lever du soleil sur le perron de son hôtel.

2) demander si l’hôtel peut vous envoyer un taxi à votre nom : ici, « no I can’t ».

3) le prix approximatif de la course: ici 700 InR

4) la durée du trajet.

A l’aéroport de Delhi, pour sortir on passe le duty free, puis un premier sas pour les chauffeurs privés et les navettes aéroport, et enfin on sort dans le grand hall public. La sortie de l’aéroport est plutôt plus calme qu’à Marrakech où à Medan par exemple. On ne m’a pas accostée, alpaguée, interpelée, etc.

2. Savoir refuser un plan louche.

J’ai fait la queue à un stand de prepaid taxi Mega Cab. Le mec du guichet, qui devait s’absenter apparemment, m’a directement mise dans les pattes de mon chauffeur. Celui-ci m’a emmenée vers sa voiture, estampillée dans les règles de l’art et voulait 1800 InR en cash. J’ai répété en boucle que je voulais un prepaid taxi. J’ai refusé d’aller au distributeur, et je l’ai laissé en plan.

3. Faire une CB laisse des traces de votre passage.

Je me suis présentée à un autre guichet (Meru taxi). Là ça s’est passé normalement, j’ai payé 1100 InR (tarif de nuit on va dire) par CB. J’ai montré les coordonnées de mon hôtel. J’ai bien souligné que je venais d’appeler l’hôtel, qu’ils étaient ouverts et qu’ils m’attendaient.

4. Photographier la plaque d’immatriculation

Enfin avant de partir j’ai photographié ostensiblement la plaque d’immatriculation de la voiture et je l’ai envoyée à ma fille. Idée trouvée dans le routard; en cas de drame, ce ne sont pas les secours dépêchés de France qui vous sauveront la mise, mais ça montre au chauffeur qu’en cas de mauvais comportement on saura où s’adresser.

Convenez avec une personne de confiance pas anxieuse (pas votre vieille maman déjà sous Xanax) que vous pourrez être amenée à appliquer cette procédure, et pourquoi. Précisez bien lors de l’envoi de la photo que tout va bien, que ce n’est qu’une sécurité. Que votre contact ne s’angoisse pas et ne prévienne pas tout de suite la police. Et prévenez également par sms que vous êtes arrivée à bon port. Pour que la personne se rendorme !

4. Mettre en route l’itinérance des données

Seulement pour le temps du trajet; ça peut être cher, mais en cas de kidnapping par une bande de dockers dans un entrepôt, ça peut aider moralement: vous serez contente de penser que votre téléphone est géolocalisé par Big Brother.

5. Ne pas avoir l’air d’une proie intéressante.

Ca c’est un peu toujours la règle pour voyager tranquille. Aucun signe de richesse, des fringues passe partout et couvrantes.

Hé bien je suis arrivée dans mon lit sans encombre, couchée 3h. Bien sûr, je n’encourage pas du tout la témérité, à chacune de faire prudemment, comme elle le sent.

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