Voyage intérieur : La méditation

Comment méditer zen ? Dans cette technique la posture est la clé. C’est un effet secondaire d’un trek au Ladakh, où j’ai trainé dans des temples bouddhistes, pique-niqué dans le ciel, eu des pensées philosophiques en chemin, lu Matthiessen et paf, je me suis mise à méditer.

Les débuts en méditation

Le Bouddhisme, la religion sans Dieu.

Profondément agnostique, les excès réalisés de tous temps au nom des religions m’accablent. Ici dans le bouddhisme, juste un type qui s’est assis sous un arbre et a appris à maitriser ses émotions pour ne plus jamais être triste. Quelques règles d’hygiène mentale élémentaire s’associent à la démarche, ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mal parler, ne pas consommer de psychotropes.

Je retiens quelques pensées:
Impermanence: Notre histoire est écrite sur le livre d’eau de la vie
Lâcher prise: Si tu laisses un peu faire les choses, tu seras un peu en paix. Si tu laisses vraiment faire les choses, tu seras vraiment en paix. Si tu laisses complètement faire les choses, tu seras complètement libre.

Méditation autodidacte

Alors je commence à méditer vingt minutes par ci, vingt minutes par là, n’importe comment, après avoir vu des vidéos et lu un peu, début 2019. Et déjà, je m’étonne : le rapport au temps change, l’impatience disparaît, je relativise plus. J’en parle vaguement à Chéri-chéri, en me demandant ce qu’il pense quand j’annonce un peu penaude: « euh je vais méditer vingt minutes ».  Je me suis cousu un coussin qui en vérité ne va pas du tout, il faut vraiment un zafu adapté. Optimiste, j’avais imaginé méditer au Ladakh… Je ralentis un peu quand on passe devant le dojo  (lieu où on pratique) bouddhiste du coin, en me disant que je ne vais tout de même pas m’embarquer dans une secte.

Passer la porte d’un Dojo Bouddhiste

Un jour, Chéri-chéri déclare de but en blanc : «on devrait aller méditer». Heureuse stupéfaction, je croyais que ce garçon était parfaitement cartésien.

Tous les dojos proposent des séances d’initiation à Zazen, en général sans inscription préalable. On se présente donc un peu fébrile, avec une tenue sombre et confortable sous le bras. Visite des lieux, présentation des rites, règles et traditions. Un petit coup de zazen sous le contrôle d’un pratiquant : c’est kekkafuza, « la posture du lotus » ou « s’asseoir immobile comme une puissante montagne« . Et à la fin de séance, nous découvrons que non, vous ne repartons pas, nous allons rester à une séance complète. Tout de suite le grand bain, avec ceux qui se sont cousu eux même leurs kimonos noirs, l’encens, les prières et tout le barda.

Aller faire cucul-zafu une fois par semaine.

Et allez comprendre pourquoi, nous y retournons en couple toutes les semaines. Bon, depuis le début de l’année 2020, ça reste de la très très modeste implication. Et en plus j’y suis allée toute seule une fois pour une initiation par une Maitre.

La technique posturale du zazen

Voici ce que j’ai humblement retenu : le zen c’est zazen et  zazen c’est la posture:

La méditation, voyage intérieur: Maitre Deshimaru

– Entrer dans la salle de méditation déporté à gauche de l’autel, donc par le pied gauche. (Aligné sur l’autel, c’est la place du Maitre de cérémonie).
– Saluer mains jointes, majeurs à hauteur du menton, avant bras horizontaux, dos raide
– Tourner vers la gauche et clock wise comme autour des stuppas himalayens, pour s’installer, étaler le barda.
– Saluer face au mur, mains jointes, majeurs à hauteur du menton, avant bras horizontaux, dos raide
– Se retourner par la droite, saluer l’autel
– Sans attendre forcément les autres,
– Contourner de zafu par la gauche,
– S’installer
– Fesses au milieu du zafu
– Premier pied sur le coussin, on laisse glisser. deuxième pied: plier raisonnablement le genou, amener le pied sur la cuisse en tournant bien la hanche. On ne force pas sur les genoux.
– Caler les genoux à terre, ramener le zafu au max vers l’avant en se soulevant sur les genoux.
– Sortir les fesses, dos très droit, ouvrir la nuque, occiput au ciel, en gardant les épaules souples
– Bascules amples du bassin avec poings sur les genoux, genous ancrés dans le sol, pour trouver le trépied fesses-genoux
– Les oscillations diminuent en amplitude
– Main gauche sur main droite, 1eres phalanges des majeurs superposées, pouces en affleurement en rectitude.
– Idéalement posées sur le pied, sinon sur un petit coussin
– Les mains souples « pour faire le berceau d’un oeuf »
– La posture est un trépied fesses-deux genoux tendu vers le ciel; ce n’est pas de la contraction musculaire, c’est de l’énergie qui circule
– Première série de coups sur le bol on commence. La deuxième série annonce que le Maitre commence
– D’abord expirations bouche légèrement ouverte puis par le nez, langue sur palais au dessus des dents
– L’expiration abaisse les viscères, mais les abdos tiennent le ventre
– Des pauses entre expiration et inspiration peuvent aider
– Ouvert aux sons, à la lumière… on voit tout, entend tout, sent tout, on laisse passer les pensées « comme des nuages dans le ciel » sans que cela ne trouble l’esprit: « celui qui sait tout »
– Au taper de bol on revient doucement, on fait de petites oscillations qui augmentent peu à peu.
– Face à la salle, jambes en extension, on se penche en avant pour reformer le zafu.

On part kinhin:
– Dernière phalange du pouce gauche dans le poing, pointe du pouce sous le sternum, main droite posée dessus. cette pression tient le dos, et accompagne l’expiration.
– Dos et tête droits
– Quand on est allégé par l’air de l’inspiration on avance, à l’expiration on s’ancre dans la terre, tout le poids sur la jambe avant, en se focalisant sur la racine du gros orteil.

On reprend rapidement sa place, en marchant en rectangle. On redémarre avant le son du bol en essayant de se rappeler quel pied était dessus la première demi-heure pour inverser.

A la fin, plus ou moins de salamalecs selon le jour de la semaine, le nombre et la qualification des présents…

ZAZEN ÇA FAIT MAL

Ca fait mal de rester les pieds contraints en lotus, ça fait mal d’ouvrir les hanches, ça fait mal de garder le dos bien droit entre les épaules. Est-ce que trop souffrir fait qu’on ne pense plus qu’à ça, et que spirituellement ça ne vaut rien? Ou au contraire, la persévérance et la résistance à la douleur font-ils partie de la Voie ? Les écoles divergent.

Que faire de son cerveau pendant zazen

Fastoche: être « au delà de la non pensée« . En gros ne penser à rien, mais en plus compliqué – ou plus simple – selon le point de vue où l’on se place. Les Tibétains, qui eux méditent sur les concepts de vacuité, impermanence, d’émotions et de Nirvana  appellent le fait de ne penser à rien: « faire le presse papier japonais« . En pratique on doit laisser passer les pensées comme des nuages dans le ciel, sans s’y intéresser. Pas évident. Je pense à me coudre un zafu pour la maison, je relâche mes épaules, je pense à ma respiration, j’avale ma salive sinon je vais baver dans le berceau pour l’oeuf,  je rentre un peu le menton je me demande où ça mène (réponse: nulle part, ne rien en attendre), je redresse le dos, je me demande ce que mes connaissances penseraient si elles  me voyaient là, ça tire entre les épaules, je pense que cela correspond à l’idée que je me fais de la vie, mais que ça fait diablement mal aux hanches, que je ferai une retraite bouddhiste quelque part en attendant que Chéri-chéri quitte le travail, je me concentre sur la respiration, et pendant quelques instants je vis seulement bercée des battements de mon coeur, je me dis que si je persévère un an je ferai une sesshin, je relâche mes épaules, j j’avale ma salive,  je rentre un peu le menton, je me demande où ça mène,  je redresse le dos, ça tire terriblement entre les épaules, que ça fait diablement mal aux hanches, je pense que ça tire partout, on en est à combien de temps, et Chéri-chéri, il a mal aussi? j’en peux plus à quoi ça sert d’avoir mal, la honte si je lâche la posture…

Zazen , et après?

Après deux mois, je me sens plus centrée sur mes objectifs et moins encline à esquiver les engagements que j’ai pû prendre: je vais courir quand j’ai prévu de courir, je respecte mieux mes principes alimentaires,  je me sens plus concentrée et aussi plus patiente.

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