Un petit tour dans l’Hindou Kouch, Eric Newby

Eric Newby est réputé pour ses récits hilarants d’expéditions extraordinaires. Ici, en Afghanistan, il tente l’ascension du Mont Samir avec Hugh, qui n’y connait rien non plus en escalade. Suit la traversée du Nuristan, vallée inexplorée, avec le même Hugh qui ne s’intéresse pas à la nourriture.

Un peu de Géographie: Le Nuristan, Pays de Lumière, est une partie du Kafiristan, Pays des Incroyants. Cette montagne se trouve à l’est de Kaboul. Notre équipe est remontée nord-est à partir de Kaboul, dans la région du Pandjchir, pour affronter le Mont Samir, puis repartir sud ouest par le Nuristan pour terminer la boucle.

Le périple a lieu en 1956. Les préliminaires sont mémorables, avec le trajet en voiture de Istanbul à Kaboul en voiture. Il y a le cadavre trouvé sur la route, qui aurait bien pu signer la fin de l’expédition avant même qu’elle ne débute, les pannes de voiture, le bébé à repêcher dans une fosse à purin, on ne s’ennuie pas. Le voyage est épuisant. Nos deux aventuriers sont attendus par la diplomatie à Kaboul. Ils ont bien de la peine à récupérer pendant leur séjour dans la capitale.
 » Je partageais tout à fait son angoisse quand à notre piteux état. Peut-être était-ce lié à l’altitude, mais nous avions le plus grand mal à garder les yeux ouverts. Pendant le récital, nous avions dormi aussi profondément que le reste de l’assistance. Je m’étais réveillé pelotonné sur le sein d’une capiteuse femme turque dont le mari me foudroyait du regard. Il existe en Afghanistan d’autres dangers que les guerres tribales. »

Entre des guides patibulaires mais loyaux et des autochtones malodorants, le tout pimenté de troubles digestifs et de barrière de la langue, le récit est épique. La première rencontre avec des Nuristanais est incroyable. On se montre des objets traditionnels.  Je tendis ma montre, une Rolex toute neuve et réputée indestructible, que j’avais achetée à Genève en quittant Angleterre
 « Dis au chef, suggérai-je à Hugh, qu’elle marche aussi sous l’eau
– Il ne te croit pas.
– Bon. Dis-lui qu’elle marcherait même là dedans insistait-je en montrant le chaudron d’où s’échappaient de la vapeur et des bruits de bouillonnement
Hugh traduisit. Le chef dit quelques mots au jeune existentialiste qui tenait la montre et, avant que j’ai pu l’en empêcher, il la laissa tomber dans la marmite.
– Il dit qu’il ne te croit pas.
– Eh bien dis lui de sortir ! Je n’y crois pas moi-même… Il va falloir tout vider.
– Il dit qu’ils ne veulent pas. C’est leur dîner »

Une autodérision toute britannique fait de ce récit un bon moment de rigolade, qui ne doit pas occulter la performance des explorateurs.

En fin de périple, ils rencontrent Thesiger et passent une soirée avec lui. Newby nous croque ce bon Wilfried dans un quotidien qu’on ne soupçonnerait pas à la lecture de ses expéditions : Il commença à me parler de ses arabes.
 « Je leur donne des poudres pour les vers et des choses de ce genre ». Je l’interrogeai sur la chirurgie. « Je coupe les doigts et il y a beaucoup de chirurgie à faire ; ils ont peur de leurs médecins parce qu’ils ne sont pas propres.
– vous le faites vraiment ? Couper  les doigts ?
– par  centaines, répondit-il, rêveur, car il se faisait très tard. Mon Dieu oui. Tenez, l’autre jour j’ai dû ôter un œil. Très amusant.
Au lit conclut-il
Le sol, parsemé de rocher pointu qui dépassaient, paraissait en fer. Nous commençâmes à gonfler nos matelas. « Seigneur, quelles femmelettes vous faites ! » s’exclama Thesiger.

Une lecture que je recommande pour rendre plus supportables les tracas d’un trek en Himalaya… Si on re-voyage un jour.

Prenez soin de vous.

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