Touriste, Julien Blanc-Gras

Pas explorateur, pas grand reporter, pas humanitaire. Touriste assumé, voilà comment se définit Julien Blanc Gras. Les chapitres se succèdent, décrivant avec un grand sens de l’autodérision et de l’absurde les moments les plus signifiants de ses voyages en Angleterre, en Colombie, en Inde, au Brésil, à Tahiti, en Palestine, et bien d’autres.

On a des conseils touristiques avisés.

« C’est une erreur de ne pas prendre le train en Inde. On peut y rencontrer l’indien moyen,qui demandera invariablement si on est marié, et traverser la moitié du pays pour le prix d’un croque-monsieur à Paris.C’est une erreur de croire qu’il est simple de prendre un billet de train en Inde. L’héritage bureaucratique anglais conjugué à la densité de la population multiplie le nombre de guichets à l’infini. Ne pas céder à l’exaspération devant les files d’attente et les fonctionnaires aimables comme des portes de prison. Une virée ferroviaire en Inde vaut mille fois ces désagréments en donnant lieu à des visions proches de celles du LSD. »

On verra qu’un homme supporte assez bien d’être violé par une belle guatemaltèque (censuré).

On apprendra qu’Escobar fait l’objet d’un véritable culte en Colombie.

Julien sait rester à sa place:  » Une Népalaise m’aborde sur un marché. la trentaine, en jean, pas vilaine. Elle m’explique qu’elle est mariée à un Hollandais et que je suis beau, ce qui est très gentil bien que tout flatteur vive aux dépens du corbeau. Elle dit s’appeler Susma, elle ne comprend pas que ça me fasse rire. Une vieille Tibétaine qui tient un stand d’artisanat se mêle à la discussion. Cette dernière me regarde et frotte son majeur et son pouce en désignant la népalaise d’un air entendu « Attention gamin, elle est payante » La Népalaise n’est guère enthousiaste à l’idée de se faire traiter de pute. … La Népalaise détruit le stand de la Tibétaine. La Tibétaine se sert d’une petite statue de bouddha pour frapper la Népalaise. Mais que fait le Dalaï Lama? Je songe à les séparer, mais est-ce vraiment mon rôle que d’intervenir dans un conflit népalo-tibétain dont les racines historiques m’échappent largement? je n’ai pas l’âme d’un casque bleu et ça risque de me retomber sur la gueule. Je laisse un costaud local s’interposer et m’éloigne en méditant sur la notion d’ingérence dans le droit international. »

J’ai beaucoup aimé le chapitre sur Israel et la Palestine. L’auteur a eu un coup de foudre pour la région et m’a donné envie d’y aller voir. J’ai trouvé les commentaires nuancés et pertinents . A Jérusalem j’en ai appris une bien bonne « Derrière ce mur (des Lamentations) se trouve l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’Islam. Pas de l’autre côté de la rue. Juifs et musulmans prient sur les mêmes pierres. »

Le livre n’est pas long, je ne vais pas tout vous le spoiler. C’est un livre sympathique et distrayant. Il m’a décomplexée d’être une honnête touriste.

« Je suis allongé sur un sable à température idéale, le clapotis des eaux translucides berce ma sieste, les palmiers promènent leur ombre protectrice sur ma peau choyée par le soleil et je déprime. Le paradis me navre.« 

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