Tour du monde d’un sceptique, Aldous Huxley

Ecrivain renommé, cultivé, humaniste, pacifiste, végétarien, l’auteur du Meilleur des Mondes a voyagé en Inde, en Malaisie, en Indonésie, aux Philippines puis à Shangaï, et enfin sur la côte Ouest des Etats Unis.

Le livre a été publié en 1926, il date donc un peu pour les tuyaux aux voyageurs. Mais plus qu’une description des endroits qu’il visite, Huxley nous offre une l’analyse malicieuse des comportements des coloniaux comme des indigènes, le tout un peu imprégné de pensée coloniale sur la suprématie de l’homme occidental, malgré ses qualités humanistes indiscutables. 

Chemin faisant, Huxley digresse sur tout : la musique, la religion, la littérature, l’art, le climat, … Il réfléchit au sens des voyages, analyse la société occidentale, examine les relations entre « homme blanc » et les peuples colonisés. Il porte des jugements très tranchés sur les endroits visités (il a détesté le Taj Mahal) et n’apprécie guère l’architecture religieuse indienne : »L’enceinte de la pagode du Shwedagon contient les plus beaux spécimens du monde de ce que j’appellerai le style forain de l’architecture et de la décoration ». 

Selon Huxley par exemple, Hollywood a déversé sur le monde une image mièvre, romantique, ou au contraire corrompue et violente de la société occidentale, en omettant de rendre compte de son expertise scientifique, de sa finesse littéraire, etc. Et que cet étalage de médiocrité a contribué à discréditer les occidentaux aux yeux de reste du monde. Opération marketing ratée  : « un peuple dont les tares mentales et morales sont étalées par ses propres agents de propagande, ne saurait s’attendre à ce qu’on le vénère ». A méditer.

Il prône la frugalité alimentaire. « Plus étonnante encore, peut-être, est l’autre grave convention, destinée à maintenir le prestige européen, la convention de trop manger. Cinq repas par jour – deux petits déjeuners, le repas de midi, le thé et le diner – sont la règle d’un bout à l’autre des l’Indes. On ajoute souvent un sixième repas dans les grandes villes où il y a des théâtres et des bals pour justifier un souper tardif. L’indien, qui fait tout au plus deux repas par jour, souvent un seul, trop souvent aucun, doit se déclarer battu. »

«  Et après quarante ou cinquante années de gourmandise, le cancer apparait, et la victime de la gloutonnerie doit dire un long et cruel adieu au théâtre de son vice… Le cancer qui laisse indemne le sauvage et le sobre Oriental, mais assaille avec une violence toujours croissante l’Occidental trop nourri, est le dernier gage  payé, le cadeau d’adieu d’une vie de gourmandise. »

En Inde sont décrites les cérémonies religieuses au bord du Gange, la montée de l’indépendentisme, un meeting avec Gandhi.

En Indonésie on retrouve les dénominations hollandaises ; Jakarta au début du XXème siècle  était le port de commerce de Batavia. Buitenzorg = Bogor, avait déjà un célèbre jardin botanique. L’auteur a une façon d’inverser la logique des arts décoratifs qui reproduisent et détournent les motifs végétaux, en se demandant si dans les pays tropicaux la nature ne ferait pas de l’art décoratif… 

Il faut lire attentivement, car quelques perfidies anti-gastronomie française se cachent dans le livre : «Nous embarquâmes quelques vingtaines de tonnes de cacahuètes. Elles étaient dirigées vers Rangoon, et de là, à ce que j’appris, sur Marseille, où elles devaient être transformées en huile d’olive pure, superfine, de Provence »

On apprend ici que les Malais, en cas de conflit et , ou, d’humiliation publique,  font volontiers l ‘amok, qui consiste à  tuer  un maximum de monde par arme blanche avant de se suicider….  Il vaut mieux voyager ignorant.

C’est un livre extrêmement bien écrit, plein d’humour anglais. De nombreux aspects des voyages sont finement analysés. Il est charmant de voir évoquées les régions qu’on a visitées telles qu’elles apparaissaient au début du siècle. La conclusion porte sur le pouvoir qu’ont les voyages de révéler au touriste l’étendue de son ignorance et de détruire ses certitudes « en voyage, vous perdez vos convictions aussi facilement que vos lunettes, mais il est plus difficile de les remplacer. »

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