L’ombre de la Route de la Soie, Colin Thubron,♥♥♥

Un merveilleux récit qui raconte un périple réalisé dans les années 2000 sur la Route de la Soie, de Xian en Chine à Antioche en Turquie. Le voyage de plus de 7000  km est effectué par les moyens actuels, bus publics, voitures. J’ai tenté de reporter le voyage sur ma carte, mais beaucoup de noms manquent.

L’auteur raconte bien sûr les vicissitudes du voyage, de voitures branlantes en tempête de sable et même en passant par une mise en quarantaine à cause de la grippe aviaire.

Il décrit ses rencontres organisées avec des connaissances, avec des connaissances de connaissances, impromptues avec des inconnus, et même rêvées avec des marchands des temps passés. Comme toujours chez les grands écrivains voyageurs, on trouve cette capacité à ouvrir le dialogue et à écouter les autres. Puis l’aptitude à les décrire, non sans humour, dans le respect de leur humanité, de leurs particularités et leurs contradictions parfois. on retrouve le même talent dans Destination Kailash, livre du même auteur sur le Tibet.

Mr Thubron, raconte merveilleusement l’histoire de la Route de la Soie. J’ai appris des centaines de réalités historiques, me suis régalée d’anecdotes et de légendes.

La Route de la Soie: un canal commercial

La route de la Soie a existé plus de 2000 ans avant notre ère, c’est attesté par des écrits chinois, et des déplacements de technologies comme le bronze. Elle aurait eu son apogée sous la Dynastie Tang autour de 800 avant JC. Les Sogdiens, d’origine iranienne, en auraient été les principaux acteurs.

On trouve là de très savantes explications sur la soie, et aussi la légende selon laquelle elle aurait été découverte par l’épouse de l’empereur Jaune, qui aurait posé les bases politiques et scientifiques de la nation chinoise. L’impératrice, Lei-tzu aurait fait tomber un cocon dans son thé et en aurait déroulé la soie.

« La Soie n’avait pas voyagé seule. Les caravanes qui s’ébranlaient lourdement de Changan- parfois fortes d’un millier de chameaux- partaient chargées de fer et de bronze, de laque et céramique. Celles qui revenaient d’Occident apportaient des objets de verre, d’or ou d’argent; des épices et des pierres précieuses des Indes, des lainages et des tissus de lin; des esclaves parfois, et cette invention stupéfiante qu’étaient les chaises. S’instaura aussi un échange de fruits et de fleurs, modeste mais capital. … jamais une caravane ne parcourait l’itinéraire de bout en bout. On ne vit point de Romain se promener sur les boulevards de Changan, pas plus qu’un marchand chinois ne vint étonner les passants au Mont Palatin. Les marchandises s’échangeaient à la faveur d’une interminable course de relais compliquée, renchérissant au fur et à mesure qu’elles acquéraient la patine de la rareté et de l’éloignement« .

La route de la soie:  une voie de migration

Différentes ethnies, l’ont suivie, à la fois d’est en ouest et d’ouest en est. Il rapporte entre autre la légende,  semble –t-il confirmée par la génétique, selon laquelle des soldats romains de Crassus auraient été faits prisonniers et expatriés par les Parthes très très à l’est, jusqu’au couloir de Gansu en Chine. L’auteur y a vu des chinois roux et châtain aux yeux verts.

On trouve des sépultures d’humains grands et blonds très loin à l’est, à Chenchen, dans le Taklamakhan.

La Route de la Soie: un axe de transmission

« L’antique Route de la Soie semblait avoir pénétré en Asie centrale comme en un lieu sauvages et opaque. Les grands empires de l’est et de l’ouest– La Chine, la Perse, Rome–s’évanouissaient dans son silence. On avait l’illusion d’une sombre transition, alors qu’en fait ce trou noir au cœur de l’Asie cultivait une délicate interdépendance entre nomades et sédentaires. Qu’un trouble survînt au loin, à une extrémité de la route, et il se répercutait sur toute sa longueur, tel un courant électrique ; ainsi, la pression des tribus pastorales sur la Grande Muraille pouvait lancer les Huns sur l’Europe, en une incessante réaction en chaîne. Comme écrivait Ciceron : un désastre ne peut pas se produire en Asie sans ébranler l’économie romaine jusque dans ses fondements. »

La Route de la Soie: un creuset culturel

Tout au long de la route, on observe une intrication entre les religions chinoises et de l’Islam. D’après l’auteur, la situation en Asie centrale est complexe; l’expansion chinoise ne se fait pas qu’au Tibet: elle se fait aussi en Asie Centrale, par des migrations massives, assez mal vécues, de chinois parmi les populations turques. Dans le même temps, la chute des dictatures communistes laisse un vide idéologique progressivement comblé par le retour de l’Islam.

Cette mixité culturelle a également été décrite à la fin du 19ème siècle par Nicolaï Prjevaski.

La route de la Soie: un itinéraire touristique

On apprend l’existence de sites extraordinaires, que je punaise sur ma carte de mon Tour du Monde :

  • Dunhuang, falaise creusée de temples boudhistes troglodytes des plus modestes au plus gigantesques
  • le Taklamakan. au Kirghizistan: c’est désert où se trouvent ces fameuses sépultures d’européens momifiés.
  • Samarkand: une reconstruction grossière semble avoir dénaturé le site…

En conclusion

J’ai adoré ce récit. L’écriture est poétique et élégante. Je finis comme d’habitude par une citation sur les voyages : « Un voyage surgit parfois de l’espoir et de l’instinct. D’une conviction enivrante qui vous saisit, tandis que votre doigt parcourt la carte « oui , là et là, et là aussi. Ce sont les terminaisons nerveuses du monde ». Cent raisons vous appellent à partir. Vous partez pour toucher des identités humaines, pour peupler une carte vide. C’est le cœur du monde pensez-vous. Vous partez pour rencontrer les formes changeantes de la foi. Vous partez parce que vous êtes encore jeune et avide de stimulation, avide d’entendre crisser vos chaussures dans la poussière. Vous partez parce que vous êtes vieux et que vous avez besoin de comprendre quelque chose avant qu’il ne soit trop tard. Vous partez pour voir ce qui se passera. »

La Route de la Soie, parait une bien belle idée de promenade ….Mais en vérité, cet itinéraire mythique ne me tente guère. La partie chinoise parait sexy, mais ensuite la longue traversée  de l’Asie centrale, racontée également par Bernard Olivier, mais à vélo,  me parait morne et fastidieuse.  Je ne me vois pas y passer des mois de mon Tour du Monde, quelque soit le moyen de transport. Ou à la rigueur avec lle transSibérien.

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