Sur la route du Danube, Emmanuel Ruben

Ce livre a remporté le prix Nicolas Bouvier du Festival Etonnants Voyageurs 2019. J’ai fait le voeux de lire tous les livres nominés: beaucoup de livres de la sélection parlent de fleuves, j’ai peur de me lasser, honnêtement.Tout naturellement je commence par le gagnant.

Emmanuel Ruben est un beau gosse, sportif et futé comme on les aime. Il a remonté le Danube avec un pote et deux vélos, de juin à septembre 2016. Ce périple de quarante jours les a menés d’ Odessa à Strasbourg, tentant de suivre le fleuve « au pixel près ».

Chaque étape est un chapitre, occasion de de décrire les paysages beaucoup, le quotidien, un peu. Ils ont la chance de rencontrer des vieillard qui savent raconter l’Histoire. Les monuments, des anciennes piles de pont romaines, aux ports ruinés, en passant par les limes, les mosquées, les synagogues désertées, les monuments de l’URSS soviétique rappellent les incessants brassages de populations dans la région. On passe quelques soirées avec des tziganes, à boire plus que de raison. Cela ne s’arrête pas là: l’histoire est convoquée, l’Europe est expliquée et mise en perspective. On s’avance d’abord par un bout d’Ukraine, on découvre le delta du Danube, la Moldavie, la frontière sud de la Roumanie puis, sur l’autre rive, les frontières nord de la Bulgarie et de la Serbie, on traverse la Hongrie, on longe la Slovaquie puis direction plein est à travers l’Autriche et enfin l’Allemagne.

Le Danube est le seul fleuve dont le kilomètre zéro se trouve à son embouchure, ce qui est malencontreux car le Delta de Kilia, sans cesse enrichi en alluvions, se modifie, crée de nouveaux bras, de nouvelles îles et avance vivement dans la mer. Il a laissé le pauvre point zéro posé bêtement à Vilkovo, à treize kilomètres de l’embouchure réelle. Le delta du Danube parait un endroit extraordinaire que je rajoute à mes objectifs Tour du Monde.

« Aujourd’hui les bouches du Danube sont revendiquées par deux pays rivaux qui se tournent le dos, de même que ses sources le furent longtemps par plusieurs localités de Forêt Noire tiraillées par l’esprit de clocher. A vrai dire selon Vicktor, la bouche du Danube n’est pas moins difficile à localiser que sa source; si on en croit les géologues, le fleuve poursuivrait tranquillement sa vie sous marine au fin fond de la Mer Noire, loin du regard des hommes et des becs des pélicans; durant la dernière glaciation, il n’y a pas si longtemps, quand le Bosphore n’était pas un détroit mais un isthme, quand la Mer Noire n’était pas si étendue, le Paléodanube se jetait bien plus à l’est et bien plus au sud qu’aujourd’hui: il y aurait encore, là-bas, au large, pas très loin de l’îIe des Serpents, que se disputent l’Ukraine et la Roumanie, un canyon du Danube, dont on peut observer le sillage d’un bleu plus sombre que celui de la mer si on survole la région en avion »

La nature, la faune (surtout les chiens errants) et la flore sont très présentes dans le récit, avec un coucher de soleil Bulgare d’anthologie: « On sent en effet qu’il prend son temps, qu’il veut jouir au mieux de ce bain de minuit, ses rayons roses irradient le ciel lours et mauve, la riviière saigne et flamboie, l’auréole jaune entoure un coeur encore vierge d’où pourraient naître les plus cruelles visions; vu d’Europe un soir d’été, le coeur de l’étoile a la blancheur de la neige, ses rayons sont des épines de givre, c’est un astre venu du nord et qui retourne au nord, bientôt le sang du ciel se répand partout, nous aveugle, alors nous regardons plus haut vers les nuages, ce sont des diaprures féériques, on dirait qu’il y a des diamants dans le ciel, , de nouvelles rivières coulent silencieusement dans la nuit, tandis que le rouge et le noir envahissent la terre et que la palette se réduit, mais on sent que le peintre fauve n’a pas dit son dernier mot, qu’il n’a pas pressé toute la gouache de ses tubes,…. » J’arrête là, la phrase fait deux pages.

Et en vérité, j’ai laissé tomber le livre page 240, épuisée par un style haletant de grimpeur du Tour de France. On essuie des précipitations d’informations, des pelletées de faits historiques, des avalanches de descriptions bucoliques qui ne suffisent pas à compenser la monotonie du voyage.

J’en ai tout de même retenu que le Danube est une belle façon d’avancer plein Est dans son Tour du Monde.

 

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