Passager clandestin. Laurie Gwen Shapiro

En 1928, un jeune homme de 17 ans a réussi à se joindre à l’expédition de Richard Byrd pour l’Antarctique. Le projet est de naviguer de New York à la Barrière de Ross, par la Nouvelle Zélande, d’établir le campement baptisé « Little América » à proximité de la Baie es Baleines, puis, après un hivernage sur place, de survoler le pôle Sud. Les deux navires sont le City of NewYork et le Bolling.

Le projet, soutenu par une large publicité, a suscité l’enthousiasme des américains et du monde entier. Les participants autorisés à se joindre à l’expédition ont été soigneusement sélectionnés. Bill s’est mis en tête de partir comme passage clandestin. Découvert à de multiples reprises, il réussira par sa persévérance à amadouer, Byrd. Il deviendra un personnage emblématique dont le voyage sera largement couvert par les journaux.

On découvre que déjà à l’époque le sponsoring des entreprises, la publicité médiatique et la course à la gloire, menaient le monde. Byrd passe ici pour un aventurier en mal de célébrité un peu léger. Alors qu’à une époque où les bateaux naviguaient encore au charbon, où Lindeberg venait juste de survoler l’Atlantique, et où on communiquait par radiogramme, il réalisait un exploit. Au mauvais moment: en septembre 1929, heureusement la crise boursière n’a pas réussi à occulter l’événement.

Après une période de gloire où il assurera des conférences sur l’expédition, Billy finira comme la plupart des équipiers de Byrd et des américains, condamné au chômage par la Grande Dépression. Il passera les examens pour devenir officier, puis exercera sur un navire qui transportait les juifs quittant l’Allemagne nazie. Puis il fera carrière dans la marine marchande, sur un cargo qui sera recruté pendant la seconde Guerre Mondiale pour assurer la ligne maritime d’approvisionnement Halifax Mourmansk. Il y survivra.

Ecrit par une journaliste qui a retrouvé de nombreuses archives de l’époque, ce livre reporte scrupuleusement les faits établis. Les aventures du héros ont été reconstituées indirectement par les narrations de l’exploration et les articles de journaux de l’époque. Les états d’âme de Bill ne sont donc pas retrouvés, à part dans les courtes missives qu’il a enviés à ses parents. Au final, le récit manque d’humanité. Le style est celui d’un reportage très bien ficelé, pas celui d’un roman ou d’un compte rendu d’exploration.

Ce livre est distrayant et agréable à lire. On y découvre plus une atmosphère – les années d’enthousiasme aux USA, avant la crise de 29 – que l’Antarctique. Il vaut peut être mieux lire Le livre de Harry Adams, lieutenant à bord du Bolling:  « Beyond the barrier with Byrd » (in English: Chicago, Goldsmith, 1932).

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