Parasites, bactéries et virus en voyage

Voici des explications sur les bestioles qui rendent malade en voyage et mes conseils pour tenter le tour du monde sans encombre. Professionnelle de santé,  je ne suis pas infectiologue ni urgentiste, mes humbles recommandations n’ont en aucun cas valeur de prescription ou de consultation médicale.
Comprendre la différence entre les différents nuisibles permet de mieux intégrer les principes de prévention et de traitement.

1. Les différentes bébêtes qui rendent malade en voyage

Un parasite, c’est un animal.

Ca se voit au microscope et souvent à l’œil nu.
Par exemple un ver, comme les « vers solitaires ». Les parasites peuvent entrer dans le corps humain :

  • par les voies naturelles : les vers digestifs entrent par la bouche, quand on avale un œuf, provenant plus ou moins directement des selles d’un individu contaminé : c’est la transmission oro-fécale. L’agent de bilharziose urinaire, lui, remonte les voies urinaires à l’occasion de bain dans une eau douce contaminée.
  • En traversant la peau : les vers filaires viennent pondre leurs oeufs sous la peau, où l’animal naitra et grandira.
  • Par injection : par exemple un moustique injecte l’agent du paludisme lors des piqures, etc

Les maladies parasitaires les plus célèbres sont le paludisme, la gale, les bilharzioses, .. Les lambliases, giardiases et autres et autres diarrhées sont plus embêtantes que la turista de base, car les parasites peuvent endommager durablement les intestins.

Il n’y a pas de vaccin de routine contre les parasites.

Une bactérie c’est une cellule.

Ca se voit au microscope.

Il y a des milliards et des milliards de bactéries partout. Nous en sommes couverts, notre intestin en est rempli, et nous vivons en bonne intelligence avec la majorité d’entre elles. Chaque partie de notre corps (nez, bouche, anus..  ) est habitée par des bestioles particulières qui devraient y rester. Par exemple la gorge peut héberger de redoutables streptocoques: contrairement à une légende bien établie, la salive n’est pas antiseptique. Au contraire, un geste aussi anodin que porter une coupure du doigt à la bouche peut déclencher une infection tissulaire gravissime. de même, les morsures sont les plaies qui s’infectent le plus.

Les bactéries se multiplient en général très vite, et quand elles se multiplient, elles se trompent dans la réplication de leur matériel génétique. L’erreur peut provoquer une résistance aux antibiotiques. Si l’hôte est sous antibiotiques, seules les bactéries résistantes se multiplieront. Et ce d’autant plus confortablement que les bactéries sensibles, tuées par le traitement, leur auront laissé le champ libre. Les hôpitaux des pays en voie de développement abusent volontiers des antibiotiques, et leurs habitants, malades et soignants, y sont souvent contaminés avec des bactéries résistant à tous les traitements. Déjà, éviter de séjourner à l’hôpital, dans la mesure du possible. Mais ce n’est pas tout: apparemment les bactéries résistantes sont sorties des hôpitaux depuis longtemps: une étude scientifique a montré que près de la moitié des voyageurs reviennent avec des bactéries multirésistantes dans l’intestin, surtout ceux qui ont voyagé « roots ». Heureusement le suivi montre qu’elles s’éliminent spontanément en 3 mois. Notez que dans les pays industrialisés, c’est l’élevage industriel qui sélectionne ces bactéries en masse et les rejette dans la nature et dans les supermarchés.

De façon très générale, une bactérie ce n’est pas très solide, ça aime être autour de 37°, ça hiberne au froid (d’où les réfrigérateurs), ça résiste mal à la chaleur (ébullition). Ca explose sous l’effet des savons. La plupart d’entre elles a  besoin d’humidité pour survivre: très peu résistent à la séquence savonnage-séchage soigneux, exposition à l’air. En revanche, elles adorent les récipients humides fermés dans les pays chauds.

Les bactéries s’acquièrent très majoritairement par contact direct : transmission oro-fécale, serrage de mains, peau de fruits ou de crudités, manipulation d’objets contaminés, eau, …
Certaines pneumonies bactériennes comme la légionellose sont diffusées par des systèmes de ventilation contaminés. Par morsure, la tique transmet la maladie de Lyme.

 

Les plaies souillées par de la terre, les morsures, s’infectent très volontiers.

Les maladies bactériennes les plus célèbres sont : beaucoup de turistas banales, (ou pas banales, comme la tythoïde), les infections de la peau et des plaies, les abcès dentaires, la tuberculose, la légionellose, la maladie de Lyme, la peste…

Vaccinations. Il y en a : le BCG contre la tuberculose, et des vaccins contre la diphtérie, les méningites, la rubéole…

Un virus c’est un petit bout de matériel génétique.

C’est minuscule et invisible au microscope conventionnel.

Le virus va pénétrer dans les cellules de sa victime, utiliser ses infrastructures pour se multiplier, et à partir de là re-contaminer un nouvel hôte. Très instable, les virus aussi peuvent se tromper dans la réplication de leur matériel génétique: ils mutent facilement. Par exemple, le virus de la grippe mute sans cesse, c’est pour cela que le vaccin n’est pas toutes les années aussi efficace. Le corona virus mute aussi, et là c’est le jackpot pour toute la planète.
Un virus est rarement très résistant dans le milieu extérieur. Il voyage sur les surfaces, dans les gouttelettes aériennes, le sang, tous les liquides biologiques …

Parmi les virus célèbres, il y a les corona-virus, les hépatites, la grippe, la fièvre jaune, la rage, la polio, le tétanos, la rougeole, le sida, l’herpès, … et beaucoup de turistas banales.

Les antiviraux sont rares, spécifiques et onéreux. Les vaccins sont légion.

Champignons

Pour compléter le tout, il y a des champignons, qui vont du fameux pied d’athlète, hôte des endroits confinés et humides, à des choses redoutables comme l’ulcère de Burruli.

2. Défenses face à une infection.

L’organisme va fabriquer des anticorps contre l’envahisseur.

Quand il repère un intrus, l’organisme fabrique des anticorps pour le détruire. C’est un peu long (de l’ordre de la semaine) pour un nouveau microbe. Heureusement, notre système immunitaire garde en mémoire les microbes qu’il a déjà rencontrés, ce qui permet une réaction plus rapide. C’est l’intérêt des vaccins, qui lui présentent un germe atténué ou un morceau de germe pour qu’il en garde le souvenir.

Face à un agresseur, l’organisme met trois jours pour organiser ses défenses. Il est donc raisonnable, si la maladie n’est pas trop grave, d’attendre si de voir si elle passe en trois jours avant de consulter. Bien sûr, si vous avez 40° de température, des convulsions, une dysenterie, des hémorragies, que vous êtes dans le coma, et que vous devenez aveugle, consultez avant.

L’organisme ne se défend pas trop bien contre les parasites.

Traitements préventifs et curatifs à envisager avant le départ

Les antibiotiques ne sont pas automatiques parce-que :

  • beaucoup de maladies sont dues à des virus ou des parasites, par définition  insensibles aux antibiotiques
  • les antibiotiques laissent vivantes et laissent les coudées franches aux bactéries qui leur résistent.

En voyage, les vaccinations obligatoires en France doivent être à jour, or plus on avance en âge, plus on a tendance à oublier les fondamentaux comme le tétanos. Il faut faire les vaccinations obligatoires pour chaque pays (fièvre jaune en Asie du Sud Est) et suivre scrupuleusement les conseils prodigués en médecine des voyageurs. Quoi de plus désagréable que de mourir de dyphtérie au fond de la brousse ?

3. Conseils généraux contre les infections en voyage :

Protéger les autres de nos microbes:

  • Porter un masque lorsqu’on est enrhumé, comme les asiatiques
  • Se laver les mains souvent, surtout quand on est malade
  • Se protéger des moustiques pendant et après une maladie qu’ils propagent: dengue, chikungunya,..
  • Prévenez les maladies sexuellement transmissibles avec les protections adéquates

Se protéger des contaminations

  • Consultation en médecine des voyageurs: à organiser trois mois avant le départ, le temps d’avoir le rendez vous et de faire les éventuels rappels de vaccins. Pour les retardataires, les hôpitaux ont parfois des dispensaires sans rendez vous dans les banlieues des grandes villes
  • Pour les voyageurs habituels, tenir un carnet de vaccination à jour pour s’y retrouver dans les dates entre les primo vaccinations et les rappels
  • Fuir les moustiques : ils transmettent un nombre incalculable de maladies : paludisme, dengue, la fièvre jaune… Donc abusez des anti moustiques en respectant scrupuleusement leur mode d’emploi. Une moustiquaire étanche permet d’éviter bien des piqures.
  • La prévention du paludisme est une affaire de professionnel. Selon les régions du monde, il y a ou non des résistances aux traitements préventifs et curatifs. Parmi eux, noter que le Lariam rend dépressif. Ça va de la fine pellicule de tristesse sur la vie aux franches idées suicidaires ; un(e) déprimé(e) averti(e) en vaut deux.
  • Lavez vous les mains longuement au savon, et ne les séchez pas avec un vieux torchon humide.
  • Méfiez vous des vieux torchons humides
  • Buvez de l’eau sûre : bouillie, filtrée, purifiée. Evitez les bouteilles en plastique pour des raisons écologiques.
  • Gardez les récipients nettoyés ouverts pour ne pas y emprisonner d’humidité ; gourdes, camel back etc
  • Savonnez les plaies longuement, et vérifiez votre vaccination anti-tétanique.
  • Ne trainez pas devant les vieux climatiseurs poussiéreux
  • Prévenez les maladies sexuellement transmissibles avec les protections adéquates
  • Si vous avez le sentiment de revenir patraque ou si vous avez des symptômes au retour de votre voyage, consultez en infectiologie.

En vrai, ça se passe bien si on suit les recommandations de la Faculté. Pour la turista, si on fait attention et qu’on voyage régulièrement, on peut y échapper. On s’immunise probablement contre beaucoup de germes banals.

Vivent les voyages. A bas les virus. Non au pangolin.

 

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