Paradis avant liquidation, J. Blanc-Gras

Ce livre raconte des iles du bout du monde qui culminent à 3 mètres, et vont donc disparaître: les iles Karibati, ou Iles Gilbert, pendant le protectorat britanique), au large des Fidji.

La localisation est exceptionnelle, à la jonction de l’Equateur et le la longitude du changement de jour. Ce sont trente-trois ilots représentant moins d’un département français en superficie, mais étalés sur une surface équivalente à celle de l’Inde. Capitale Tarawa.

Karibati: les îles Gilbert par Julien Blanc-Gras

Il est remarquable que Stevenson, celui de Modestine à travers les Cévennes, ait séjourné sur l’île de Abemama.

Iles Karibati: Dans les mers du Sud, RL Stevenson

Socialement, c’est une nation relativement homogène:  fait rare dans la région, elle partage une langue commune. C’est un pays à la fois en voie de développement et en voie de disparition, ce qui rend les décisions à prendre problématiques. Par exemple, ils investissent parallèlement dans des terres aux Fidji pour avoir un point de chute et dans des digues pour se protéger de l’océan, mais n’entretiennent pas ces dernières. Pour vivre sous le niveau de la mer, il faut être riches comme les Pays Bas.

L’auteur rencontre plein de gens, qui lui racontent tous la même triste histoire de niveau de la mer qui monte d’année en année, de grandes marées et de tempêtes qui balayent l’île et agressent de plus en plus gravement les « structures ». Structures, façon de parler, car ici, c’est le tiers monde: à part quelques bâtiments administratifs en dur, on habite dans des cases (bien commodes à reculer quand la mer monte). On vit sur du sable, il n’y a pas d’agriculture, on achète les cigarettes à l’unité, on mange du riz importé, les fruits et légumes sont un luxe. La dépendance à l’aide internationale et aux bateaux de ravitaillement est totale.

Parallèlement à l’érosion de surface, le sous sol se gorge de sel, tuant les arbres et détruisant les réserves d’eau douce. C’est vraiment pas la joie.

Comme toujours Blanc Gras est plein d’humour.

« Je suis installé dans un des rares hôtels de Tarawa, celui qui sert de point de chute aux expatriés. Il se targue d’être le meilleur hébergement du pays; le niveau de salubrité de ma chambre se révèle légèrement inférieur à celui d’un hôtel de passe de Barbès: … »

Du point de vue touristique c’est une urgence, avant liquidation au sens propre. Le pays se revendique comme une destination pour les voyageurs, pas pour les touristes: le chargé de développement à l’office du tourisme « souhaiterait promouvoir les activités de niche pour les, CSP+, comme la pêche au gros, la plongée ou l’observation ornithologique. Hélas, le changement climatique et ses dégâts affectent notre potentiel touristique, constate-t-il, en chassant de son bureau une araignée grosse comme un ours. Il pourrait ajouter que les plages sont minées par des quantités considérables d’excréments. »

Cet humour n’empêche pas une vraie empathie, une belle curiosité et une enquête sérieuse, et instructive. La montée du niveau des océans est passé dans ma tête du statut l’abstraction lointaine à une menace concrète. Je recommande ce petit livre.

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