Nos voisins du dessous, Bill Bryson

Si vous voulez tout apprendre sur l’Australie en vous amusant énormément, ce livre est pour vous. Bill Bryson réussit à balayer en 450 pages hilarantes l’histoire de l’Australie, la géologie, la faune et la flore, la culture, les arborigènes, la politique, les villes principales, les coutumes, les sites et monuments à ne pas manquer, les anecdotes et faits divers, tout est ici.
Plusieurs voyages sont compilés dans ce livre, et les chapitres se succèdent dans un ordre chronologique à peu près, avec des renseignements très pratiques sur les moyens de transport et les risques de chaque région. Il peut presque servir de guide pour des voyageurs.

Australie : dimensions

L’Australie est immense : quand on la projette à l’échelle une carte d’Europe, Auckland est au niveau de Londres, Perth est à Gibraltar, Adélaïde en Sicile,  Sydney bronze à la pointe du Péloponèse, Brisbane devient Istanbul, Cairns est la capitale de la Lituanie, et Darwin se les gèle au Danemark. L’auteur découvre donc les interminables trajets en voiture pour rallier deux villes qui paraissent pourtant si proches sur la carte. « Pour passer le temps, je me suis mis à chanter l’hymne officieux de l’Australie, Waltzing Matilda… Une des caractéristiques de Waltzing Matilda est la parfaite ineptie des paroles…. D’un autre côté la mélodie est charmante. Elle est emprunté un vieil air écossais…  et je l’interprète avec un réel bonheur, sans me vanter, surtout lorsque je la chante en roulant à pleine vitesse, la tête à la fenêtre, ce qui donne des trémolos du plus bel effet.  Le problème lorsqu’on ne connaît qu’un seul couplet, c’est que cela devient un peu répétitif au bout d’un moment. Vous pouvez donc imaginer ma satisfaction lorsque je me suis rendu compte que si je remplace « faire bouillir son vieux billy » par « faire bouillir son vieux zizi », la chanson prenait une tout autre perspective, d’autant que j’ai réussi à composer quarante sept nouveaux couplets, ce qui rend cet air parfaitement adaptée aux longs trajets en autocar, tout en lui apportant l’éclairage qui lui manquait depuis près d’un siècle »

Le sport en Australie

Parmi les us et coutumes, on comprend enfin le cricket : « Imaginez les cricket comme une sorte de base-ball dans lequel le pitcher, après chaque lancer, reprend la balle du catcher et s’en va au milieu du terrain. Une fois arrivé là, après une minutes de pause pour reprendre ses esprits, il se retourne et fonce pleins gaz en direction de la butte du pitcher pour relancer la balle en visant les chevilles du mec en face, coiffé d’une bombe d’équitation, arborant cette sorte de gants qu’on utilise pour manipuler les isotopes radioactifs et portant un matelas ficelé est autour de chaque jambe. Imaginez, en plus, qu’au cas où son malheureux adversaire ne réussirai pas à renvoyer la balle avec une énergie qui lui donne suffisamment de temps pour tenter un sprint de vingt mètres avec un Dunlopillo autour des mollets, le lanceur a parfaitement le droit de rester là où il est, sans rien faire. En fait le règlement lui donne la permission de rester planté là toute la journée si ça lui chante, ce qu’il fait d’ailleurs, en général. Si par miracle il rate bêtement son coup, il est éliminé; alors tous les gens qui l’entourent lèvent les bras en signe de triomphe et se donnent l’accolade. Cela coïncide le plus souvent avec l’heure du thé, et tous les joueurs se retirent joyeusement dans un pavillon voisin pour se requinquer avant une nouvelle attaque. Maintenant imaginez que tout cela dure si longtemps qu’au moment où le match se termine vous vous apercevez que l’automne s’annonce et que vous avez largement dépassé la date limite de restitution de vos livres de bibliothèque. »

Il y a aussi le football australien qui passionne les foules et fait régulièrement salle comble. Bryson raconte une blaguounette: alors que les gradins sont toujours pleins et qu’on s’arrache les places, un monsieur s’étonne de trouver une place vide et en demande la raison à son voisin. L’homme lui répond que c’est parce que son épouse est décédée.
– Et vous n’avez pas un membre de votre famille ou un proche qui aurait pu profiter de la place ?
– impossible : ils sont tous à l’enterrement.
J’ai aussi ma petite histoire : nous avons rencontré un australien, solide sexagénaire ancien joueur professionnel de football australien. Nous avons évoqué les règles particulièrement opaques de ce sport: il a été rassurant: les joueurs n’ont pas besoin de se casser la tête, seul arbitre connaît les règles.

Histoire de l’Australie

L’Histoire (courte) de l’Australie est parfaitement balayée, du mystère de l’arrivée des arborigènes sur l’ile, en passant par l’arrivée de Cook, les relations avec la reine mère, la séparation puis le fusion des différents états, le choix de Canberra comme capitale, le système politique… on a tendance à ignorer que l’Australie a activement participé à la dernière guerre mondiale.

« Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, en effet, on avait installé un peu à l’extérieur de Cowra un vaste camp de prisonniers de guerre avec, d’un côté 2000 détenus italiens, et de l’autre, 2000 détenus japonais. Les italiens étaient des prisonniers modèles. Ravalant leur frustration d’être ainsi privés du plaisir de combattre en première ligne, oubliant leur intense déception de se retrouver exilés dans un pays chaud, ensoleillé et éloigné du grondement des canons, ils avaient décidé de se résigner et de prendre les choses avec philosophie. Ils y réussirent remarquablement, …  les officiers italiens n’étaient même pas surveillés du tout et pouvaient aller et venir à leur guise. On leur demandait seulement avoir l’obligeance de fermer la porte derrière eux, à cause des mouches.
Avec les Japonais, les choses se présentaient différemment… »

L’Australie et les arborigènes

Comment les aborigènes sont-ils arrivés en Australie ? Forcément par voie maritime et probablement à partir du sud de l’Asie. Le problème c’est que cette migration s’est effectuée 30 000 ans avant que, d’après les archéologues, les techniques de l’Homo Sapiens ne permettent la moindre de navigation au long cours.

Le comportement des colonisateurs envers les arborigènes est la grande honte du pays. La loi australienne considérait que le continent était vide avant l’arrivée des européens. Privés de tout droit civiques, ils ont été les victimes de toutes les exactions possibles, en toute impunité. Les arborigènes ont été expropriés alors que le paysage et ses chemins sont au centre de leur vie matérielle et spirituelle.
Socialement l’intégration de ces arborigènes déracinés et «déculturés» est un échec. Ils ont massivement migré dans les villes où ils vivent misérables. La  société australienne ne permet pas l’ascension sociale de leurs enfants.

Touristiquement parlant, j’ai retenu les spots suivants parmi tant d’autres :

  • – La péninsule de Mornington entre Adélaïde et Melbourne+++, avec la grande route de l’Océan, qui longe des reliefs rocheux friables formant ravins, péninsules et précipices entre des aiguilles rocheuses.
  • Le Belvédère de Powells dans l’état de Victoria ; l’auteur a été impressionné par le parc alpin,… et un peu moins par le musée du ver géant.

Conclusion

Ce livre est idéal pour visiter l’Australie. A la fois documenté, instructif, dynamique et drôle.

Du même auteur : Des cornflakes dans le porridge.

Sur l’Australie, le Chant de pistes, Bruce Chatwin

Notez que Bryson n’est pas que un comique; il a travaillé et eu des responsabilités dans de prestigieux journaux, a publié un livre de vulgarisation scientifique primé  qui doit valoir le détour…

 

 

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