Pieds nus à travers la Mauritanie, Odette du Puigaudeau

Vous la connaissez, vous, Odette?  Et bien c’est une marrante née en 1894.
Après avoir fréquenté les thoniers bretons, comme toutes les jeunes filles de son époque, hein, elle s’est fait déposer avec sa compagne sur les plages de Mauritanie pour traverser le pays de part en part avec les caravanes de nomades, une lettre de recommandation en poche.

« Nos premiers Maures. Ils nous épiaient du haut de la vieille dune érodée par le vent, nobles statues de bronze érigées en plein ciel, drapées de tuniques blanches et bleues. On voyait mal leur visage entre les plis de leur turban noir.

Les premiers nomades, les premiers du peuple errant avec lequel nous allions vivre ! Et ils semblaient nous faire des signes de bienvenue agitant leurs fusils ! Mais au lieu de nous conduire vers eux, les marins virèrent rapidement, cap au large. Il était temps ; des balles sifflèrent, égratignant l’eau autour des canots.

– quand je vous dis que c’est des sauvages que vous allez chercher dans leur pourriture de désert ! hurla l’homme de barre furieux. »

Le voyage de Port Etienne à Kayes  s’est déroulé de janvier 1934 à novembre 1935. Le récit est vivant, enjoué. Le style est remarquable; je n’ai d’ailleurs jamais rencontré autant de mots (même français) inconnus ! La description  des situations et des traditions est fine et neutre,  ce qui compose des chapitres hilarants:

« Le chameau gueule par principe ; il gueule quand on le charge et quand on le décharge, quand on arrête et quand on le pousse, quand on lui demande de tourner et quand on le prie de marcher droit, encore heureux quand il ne vous crache pas son déjeuner à la figure. Il est comme ces bienfaiteurs maussades qui grognent en vous accordant leur secours et il ne peut jamais rendre service de bon cœur. »

Des pratiques absolument révoltantes pour nous sont exposées tranquillement et sans jugement. Et tout y passe: la composition d’une caravane, les relations homme-dromadaire, les légendes, les fêtes, les relations hommes-femmes, les négociations, le gavage des filles… La cuisine et l’hygiène sont remarquables:

« Procurez vous un esclave au cœur solide et un mouton coriace. L’esclave égorgera et dépouillera rituellement le mouton à l’aide d’un petit couteau ébréché qu’il lui suffirait aussi bien à égaliser une moustache, à raser la tête d’un enfant et à saigner un bœuf ou un chameau. Puis il coupera un tronçon de gros intestin deux fois long comme sa main et, l’étalant sur son genou, il le videra de son contenu, par une rapide pression, autant qu’il lui sera possible. Ce tronçon, rempli de morceaux de viande et de graisse, fermé aux deux extrémités par de fines lanières de cuir, sera plongé dans l’eau bouillante de la marmite où cuit le mil. Ajouter une poignée de beurre rance. Assaisonner de sel magnésique des salines de Dakar.
Il dressera le tout dans la calebasse qui sert à transporter les braises, à traire le lait, et à laver le visage, les mains et les pieds des européens de passage. Mais qu’il prenne soin de l’essuyer préalablement avec le pan de sa tunique. »

La description des paysages pleine de couleurs donne juste envie de faire son sac, en  pensant bien à la boite d’aquarelle.

Une ethnologue, journaliste, dessinatrice, que j’ai rencontrée par hasard dans les rayons de la bibliothèque. Elle fait penser beaucoup à Alexandra Néel, mais il semblerait d’après mes lectures complémentaires que son engagement pour les peuples du désert et contre le colonialisme n’ait pas joué pour sa renommée à l’époque.

Par chance, elle a été prolifique, je m’en vais quérir ses autres ouvrages.

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