Ma première sesshin : témoignage

Après 18 mois de méditation zen, Chéri Chéri, qui avait déjà été moteur pour pousser la porte du dojo, nous inscrit à une sesshin de deux jours et demi.

Organisation du séjour : comme en colonie de vacances.

Le covoiturage est de mise pour accéder à un monastère reculé; on arrive la veille en fin d’après midi, on paie son séjour. Après une petite visite des lieux, on choisit son lit. Hommes et femmes dorment séparés dans des dortoirs de huit. il y a des douches chaudes. Donc, ça va; c’est moins rudimentaire qu’un gite de montagne ou le Ladakh par exemple. Les séances de méditation en zazen sont obligatoires, au rythme de 3 à 4 par journée :

Une journée type à Zafuton-Plage

Lever tôt le matin, réveillé par la cloche qui passe, comme dans les Alpes, une demi-heure avant la première séance de zazen. On fait son lit, on se débarbouille, on s’habille et déjà le bois est frappé, qui annonce l’entrée dans le dojo. Après la séance, il y a une cérémonie avec prosternations et chants, suivie d’une petite promenade apéritive derrière Maitres et clochettes. On termine au réfectoire pour la gen-maï, soupe de riz. Celle-ci est prise après de nouvelles prières, théoriquement en silence. A la fin du petit déjeuner, l’intendant appelle des volontaires pour la vaisselle, l’épluchage, etc. On renvoie éventuellement un zazen en fin de matinée. Le régime est végétarien. Le repas de midi est également pris théoriquement en silence. Il est suivi de cérémonies de remises des kesa aux nouveaux ordonnés, pendant que les autres ont quartier libre jusqu’à 15 heures. Là, ceux qui n’ont pas de tâche attribuée se regroupent autour de l’intendant pour se voir assigner un ouvrage, de style jardinage ou entretien. C’est samu. Puis, nouveau zazen à 17 heures, diner, puis re-zazen à 20 h30. Extinction des feux à 22h30. Etant organisée sur 3 jours, notre sesshin a comporté 3 zazen le 1erjour, 4 le deuxième, un le troisième jour. Le dernier jour, grand ménage, repas de midi convivial et départ.

Zazen à en perdre la respiration

Quand on commence zazen c’est très difficile de tenir la posture. Toutes les dix minutes, on se demande ce qu’on fait là et on a envie de partir. Peu à peu, on trouve le zafu qui convient, on s’habitue à ne plus sentir ses pieds, on trouve un équilibre. La problématique évolue progressivement de « c’est n’importe quoi , je devrais m’en aller », à comment tenir une demi-heure sans trop bouger, puis à donner une impression de posture convenable. Les niveaux plus avancés se demandent comment expirer, puis quoi faire de leur cerveau. Une séance par semaine ne représente pas un effort physique notable.

Mais en sesshin, aux troisièmes et quatrièmes zazen de la journée, le dos, la nuque, les épaules, les abdominaux réalisent une immense contracture, et la question devient, comment juste continuer de respirer. On se couche moulu, on dort mal, et on recommence le lendemain.

Maitres, teisho et mundo

La sesshin est encadrée par un ou des Maitres bouddhistes, qui, comme à la messe, y vont de leur teisho (omélie) pendant zazen. Très remontée contre la religion et les sectes, je suis extrêmement critique sur ce qui est énoncé à ce moment là. Il s’agit en général d’expliquer une citation de Bouddha ou d’un patriarche. Je trouve en général le propos mal construit, improvisé, au risque de dire des bêtises. J’ai la désagréable impression que les koâns absurdes destinés à donner un électro-choc spirituel au disciple dans la tradition Rinzai servent d’alibi. «  si vous ne comprenez pas mon raisonnement, ce n’est pas parce-ce que mon teisho est mal ficelé, c’est parce-que vous êtes bien loin de l’éveil.»

Les rituels

Les bols, tambours, clochettes, prosternations, sutras en sanscrit (qui ressemble à du shadok: gâ, buh zô, meuh…), sont très pittoresques. Moi qui n’ai jamais accepté de faire semblant à l’église, j’ai déjà beaucoup de peine à jouer le jeu une fois par semaine. Quand c’est à longueur de journée, je décroche carrément. Objectivement, nous avions l’air d’une belle bande d’allumés à nous prosterner dans l’herbe au petit matin.

Dans la tête d’une impétrante

Malgré ces énormes réticences, que les maitre bouddhistes considèrent comme la résistance bien compréhensible de l’égo face à la menace de dissolution, j’ai été touché lors de cette sesshin : Lors de la mise en place d’encens, la vestale que j’étais avait la consigne de se pencher en avant en regardant le Maitre dans les yeux. C’est l’échange de regard le plus bouleversant de ma vie, que j’ai grand peine à qualifier. Les termes qui me viennent son profondeur, limpidité, confiance. L’expression « prendre refuge » a fait sens. Une expérience quasi mystique.

Conclusions

Malgré mon inconfort dans les rituels et à l’écoute des sermons, cette sesshin a bousculé ma pratique. Physiquement, l’image le la colonne vertébrale posée en équilibre sur le bassin comme le bâton sur l’index m’a parlé. J’ai compris qu’il ne fallait surtout pas céder à la tentation d’un petit relâchement musculaire, pour se reposer, car on ne revient jamais dans la posture, et c’est un martyr jusqu’à la fin de la séance.

Moralement, j’ai beaucoup apprécié l’attitude d’un Maitre que j’ai remis en question. Ca a été une belle leçon.

J’ai été très surprise de la grande variété des personnes présentes à cette sesshin, avec des pratiquants rigoureux, et des personnes voyant plus l’aspect récréatif de l’affaire. L’exercice de la concentration et de la bienveillance n’en est que plus intéressant.

Au retour, j’ai  installé mon zafu au Dojo. Et je crois que mon tour du monde commencera dans un monastère bouddhiste

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