Les trous du cul du monde, Tristan Savin

Un titre vulgaire, une couverture laide, mais l’auteur étant directeur de la revue Long Cours, je me suis raisonnée: tu n’as pas d’humour, l’habit ne fait pas le moine, tout ça tout ça..,  et j’ai emprunté ce livre à la bibliothèque du quartier. Mais je le confesse, j’ai eu beaucoup de peine à me défaire de mon à priori défavorable.

C’est une succession de trente chapitres racontant des anecdotes de voyages dans le monde entier (en plus je suis jalouse ; pourquoi est-ce que je ne suis pas voyageuse professionnelle ?).

On vit des déboires qui vont du cafard dans les toilettes à un racket par des khmers rouges.

Je n’ai reconnu qu’un endroit où j’étais passée, un hôtel au bas du volcan Kawah Ijen à Sumatra; Eux apparemment, ils n’ont pas eu de chance,  l’hôtel était un peu fermé :« Curieusement personne ne nous attendait. Nous avons dû patienter vingt minutes avant qu’un gardien endormi (il faudra se pencher un jour sur ce mystère : pourquoi les gardiens passer leur temps à dormir ?) daigne ouvrir la lourde porte. Les lieux étaient plongés dans la pénombre. La lampe torche de l’homme projetait nos ombres sur les murs du hall de réception, distillant une atmosphère de manoir hanté. Y avait-il une panne de courant ou l’électricité n’était-elle jamais parvenue jusqu’à la plantation ? Notre guide, probablement muet, nous fit signe de le suivre dans une enfilade de pièces. Et nous abandonna, sans la moindre explication –après avoir eu la bonté d’allumer une bougie et de me la tendre–, dans une chambre aux allures de dortoir. » A mon avis, les gardiens de nuit dorment la nuit parce qu’ils cumulent deux emplois. Dans la chambre, il y avait plein de fourmis et des souris.

Il s’agit d’une belle maison dans une plantation de café,  avec une vingtaine de chambres, dans un petit village au milieu des bois. L’endroit est charmant, l’hôtel propose une sorte de spa d’eau chaude vraisemblablement thermale, trou de 3 mètres de diamètre dans le béton, carrelé à la va comme je te pousse et orné de gargouilles et autres grenouilles, au fond du patio à droite. On est très gentiment accueilli dans les petits restaus du village, et le room-service est pragmatique et nonchalant, genre à quoi bon fournir des draps à des gens qui vont rester seulement 4 heures dans leur lit. A part ces détails, ce n’est pas le trou du c du monde : le lever de soleil sur le Kawah Ijen reste un des plus grands émerveillements de ma vie.

On a de grands moments de poésie : « La vision d’une silhouette féminine l’interrompit. Éclairée de dos, elle venait d’apparaître à la porte. Mon ami s’avança, comme aimanté et la forme vaporeuse s’effaça pour le  laisser entrer… L’intérieur de la maison était d’une misère désolante. Et la créature féminine d’une laideur repoussante. Une sexagénaire aux cheveux teintés, le visage blafard, replâtré de rimmel, de poudre mal étalée et de rouge à lèvres sombre. Sans aucune pudeur, sa nuisette transparente dévoilait un ventre flasque, une poitrine en gant de toilette et des cuisses marbrées de varices. Il s’est tourné vers moi. Je n’ai pas pu résister et lui ai murmuré sa phrase favorite : « on a baisé pire »… un quart d’heure plus tard Patrick ressortait de son bouge. »

Donc, en résumé, nos héros, car l’auteur voyage en général avec le copain obsédé sexuel ci dessus, rencontrent des bestioles qui vont des morpions aux chiens en passant par les varans de Komodo, des gens qui font la gueule, les arnaquent, les rackettent ou les tabassent, fréquentent les bordels, se retrouvent dans transports qui tombent en panne, mangent des trucs improbables, dorment dans des draps pas nets, dépriment sous les pluies tropicales.

Des mésaventures qui peuvent arriver à tous autres les voyageurs (sauf les bordels en ce qui me concerne), qui eux ne résument pas un lieu à un déboire qu’ils y ont vécu, et n’en concluent pas forcément qu’ils sont au trou du c du monde. Et surtout n’éprouvent pas pour autant le besoin d’éditer un livre de souvenirs (zéro déchet, les gars). Le style est basique, les histoires sans grand intérêt. Même si j’ai bien senti la touche d’autodérision, je n’ai pas ri. Ce n’est pas non plus informatif pour le touriste.

En conclusion, j’aurais pu me fier à ma première impression et laisser ce livre dans les rayons. Ou alors le garder comme lecture facile pour une longue escale de nuit.

C’est d’autant plus incompréhensible que j’avis déjà « rencontré » Tristan Savin dans le collectif « l’Invention du voyage », et que sa posture de lecteur-voyageur, amoureux de la lecture et de la poésie, m’avait plutôt séduite.

Si vous voulez rire d’anecdotes de voyages, lisez plutôt :

« Comment voyager seule quand on est petite, blonde et aventureuse » de Katia Astafieff

Ou alors LISEZ un autre livre de Tristan Savin, pour lui donner une seconde chance :

Nyctalope ? Ta mère !,  Le goût de Tahiti, Esprit des lieux

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