Les poissons-chats du Mississippi, Richard Grant

Un écrivain -voyageur NewYorkais achète avec son épouse Mariah une plantation dans le delta du Mississippi pour s’y installer. C’est un grand écart culturel, où on greffe des démocrates libéraux de Manhattan dans le milieu chasse- pêche- KlKlK et tradition du Sud. C’est un dépaysement total, avec des paysages hors du commun et une faune exotique et pas toujours sympathique.

Le Delta du Mississippi.

La ville principale est Pluto. Le delta est couvert de bois, de marécages et de plantations de coton. L’air est chaud et humide comme il se doit. Tout pourri.La végétation tropicale est exubérante et abrite une faune variée.

 » Qu’est-ce que vous appelez un fourré par ici? ai-je demandé
– Fourré est un terme ancien qu’on utilise encore pour décrire une zone boisée basse avec un marécage à l’intérieur.
– Et un bourbier? ai-je rebondi.
– Un cours d’eau qui s’assèche l’été et à l’intérieur duquel poussent des cyprès ou des tupelos.
Il existait plusieurs termes dans le delta pour décrire des zones marécageuses humide. un engourdi était une forêt de feuillus inondée. un bayou, qui se prononçait « bayo », était une étendue d’eau stagnante, qui se connectait à une autre plus vaste.Un bras mort était un ancien méandre d’une rivière qui avait changé de cours, et qui présentait souvent des cyprès envahis de mousse.Un vrai marais était plus grand que tous ces exemples. et un véritable habitant du delta n’employait pas le terme  » inondation ». Lorsque les fleuves submergeant les dignes et inondaient les terres, ils parlaient de « hautes eaux »- pas d’une catastrophe naturelle, mais d’une chose à laquelle s’attendre. »

Les moustiques sont voraces, et mutilent rapidement Mariah; il ne manque que zyka, la dengue et le paludisme. Les mocassins d’eau, serpents venimeux, s’enhardissent jusqu’à la maison. L’auteur apprend rapidement à leur tirer une balle dans la tête, sous l’oeil effaré de ses visiteurs Newyorkais.  Les  tatous labourent le jardin. Les alligators s’installent sur la pelouse à l’affut d’un chien à dévorer.

Surprise, il y a ici un vrai hiver avec des périodes de gel et même de la neige. Chauffage et isolation sont nécessaires.

Les mentalités dans le Mississippi.

Ici, on regrette encore d’avoir perdu la Guerre de Sécession, et les yankees sont tolérés. L’esclavage a été aboli à contre-coeur. Si tous les blancs adorent la mama noire qui les a élevés, le cloisonnement racial perdure. Les blancs sont riches et imbus de leur supériorité. Les noirs sont pauvres, mal éduqués dans de mauvaises écoles, et finissent travailleurs agricoles ou chanteurs de jazz.Il est regrettable qu’on aie dû lyncher des jeunes noirs insolents et insoumis il y a encore peu d’années.

« D’après ce que j’avais entendu dire, de nombreuses familles blanches et noires étaient devenues très proches pour avoir vécu et travaillé ensemble sur la même terre durant des générations. Mais c’était une étrange proximité.Les deux races ne socialisaient pas, ou ne priaient pas dans les mêmes lieux et les Blancs ne considéraient généralement pas les Noirs comme des égaux.Les blancs étaient toujours les seigneurs et les Noirs les serfs, dans la société féodale du delta.De même , un tabou social valait toujours, empêchant que les Noirs et les Blancs mangent ensemble. Mais il n’était pas observé dans cette maison. »

Tout le monde est armé, et la chasse est l’activité sociale et familiale préférée: chasse au cerf, à la colombe, tout y passe: femmes et enfants participant à la fête, bien sûr. La préparation de la viande de cerf est ensuite affaire de spécialistes.

A côté de ces aspects peu sympathiques, l’hospitalité est un art de vivre; accueillir les nouveaux venus, les inviter, leur raconter les histoires du delta est la règle.On se reçoit, on s’entre-aide, on chasse, on jase, on cuisine, … gentillesse et sollicitude des américains qui m’ont surprise à Chicago.

Société du Sud des USA

C’est une région pauvre ravagée par le chômage et la drogue. La corruption est une institution.

On boit. Beaucoup:   » Nulle part dans le monde je n’avais vu de telles quantités d’alcool couler ni connu pareille instance à donner des gobelets de polystyrène d’un demi litre remplis d’alcool et de glaçons à des invités quittant une soirée, et ce afin qu’ils aient de quoi « voyager » sur le chemin du retour… Non, ce n’était pas légal. conduire ivre est contraire à la loi et lourdement pénalisé dans le delta du Mississippi comme n’importe où ailleurs. Mais les gens tentent davantage le diable, dans le coin, ou laissent moins la loi leur dicter leurs faits et gestes. »

Les principaux emplois sont à la Prison de Parchman et dans les écoles. Les mexicains travaillent illégalement dans les plantations.
La redoutable prison de Parchman où les prisonniers travaillent sous la menace dans les champs de coton maintien les traditions de l’esclavage. De nombreux bluesman l’ont chantée, avec Ole Hannah le soleil qui les  brûle le dos des détenus et Black Annie qui les fouette.
Il y a, comme partout aux US, les bonnes écoles privées (pour les blancs) qui vous garantissent une place de choix dans la société, et les écoles publiques exsangues (pour les noirs) qui ne vous mènent nulle part.

Richard Grant

C’est un journaliste et écrivain voyageur. Son premier livre American Nomads a reçu le Thomas Cook Book Travel Award en 2004 et a été adapté par la BBC. Son récit de la descente de la rivière Malagarasi, affluent du lac Tanganyika, a été récompensé par le Festival du Film de Montagne de Banff.

Ce livre a été un des nominés pour le Prix Nicolas Bouvier du Festival Etonnants Voyageur 2019.

Conclusion

Un livre très agréable et souvent drôle sur une région que j’ignorais. J’ai dans ma Bucket list un trip Louisiane – Floride, Keys, Cuba. J’y rajoute le Mississippi.

Petite annonce: Livre à vendre, état neuf, lu une fois, 10 euros. Remise en main propre à Lyon,

 

 

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