Le phare, voyage immobile. Paolo Rumiz

L’auteur raconte une retraite de trois semaines sur une ile éclairée par un phare, et habitée uniquement par les gardiens de ce phare.

Informations pratiques à propos du séjour sur l’île.

De quelle île s’agit-il ?

L’auteur refuse de dévoiler son identité ; j’ai retrouvé les indices suivants :

« Quand on l’aborde depuis le sud ou depuis le nord, on  la voit dans sa longueur et elle ressemble à un couteau de table à bout arrondi, posé avec la lame vers le haut…Long d’un kilomètre deux cents, pour une largeur qui n’excède jamais deux cents mètres, notre rocher est protégé presque partout par des falaises…. A huit heures le phare commence à tournoyer. C’est magnifique. C’est un des plus puissants et des  plus hauts entre Gibraltar et le Golfe d’Alexandrette, et à coup sûr le plus puissant et le plus haut d’une des mers qui composent la Méditerranée. »

Les gardiens et phare mangent des pâtes sont italiens.

Le chemin terrestre à partir du nord traverse une steppe digne de la Mongolie, puis une cordillière acérée surplombant Venise. L’Adriatique, donc.

On y capte radio Malte.

C’est à coup sûr le Phare de Palagruza.

Il est en Croatie, il est habité et on peut y louer des chambres

Voyage immobile, le Phare de Palagruza, Croatie

Combien de temps est-il resté  sur l’ile?

Trois semaines, ce n’est pas un exploit, et c’est un peu court à mon avis pour mener une introspection intéressante. Il n’y a d’ailleurs pas d’intention. Tout au plus une détoxication aux moyens de communication. L’exploit, c’est qu’à la fin une gardienne de phare a eu le temps de planter et de lui offrir des radis…

Le récit de la vie autour du phare

Devant l’absence totale d’événement, l’auteur a fait le choix très judicieux de ne pas suivre un ordre chronologique. Il a écrit différents chapitres sur des aspects de la vie « à bord » du phare:

  • Tramontane : les vents sont la principale attraction sur l’ile, on apprendra à bien les connaître. Par exemple, le Levantazzo : « C’est ce vent d’est humide et infâme, est une lamentation, une migration d’âmes morte, il vous pousse dans les cavernes inexplorées de votre fort intérieur, Il vous donne le sentiment de n’être qu’un misérable rien-du-tout face a l’immensité de la nature. Sur l’île, je me trouve peut-être devant cette chose qu’on cherche à tout prix à nous cacher et qui pourrait nous sauver du naufrage : le sens de la limite. Que cela nous ferait donc que du bien, un peu de crainte saine et superstitieuse du courroux de Dieu – ou des dieux – afin de nous guérir de cette morgue obscène qu’engendre notre conviction d’être sûrs de nous et rassasiés, dans un monde rempli de vacarme et de démence. Je veux la boire jusqu’à la lie, ma bienfaisante épouvante, au milieu de cette mer ravagée à outrance par d’innombrables filets, oui, j’ai bien fait de venir ici tout seul, pour le premier voyage immobile de ma vie »
  • Poissons, et autres animaux de l’île
  • Pensées, Réputation, Esprits, …
  • Lampe, « Une petite lampe de  douze watts, grosse comme l’ongle, voici ce qu’il y a dans l’œil du Cyclope, un des phares les plus puissants de la Méditerranée, une machine capable de trouer la nuit jusqu’à un diamètre de soixante dix miles, soit la distance entre l’Afrique et Mazara del Vallo, à la pointe de la Sicile ; un glaive de lumière qui, s’il lançait son rayon à la verticale, pourrait être vu des satellites, exactement comme nous voyons, nous, par les nuits sereines, leur lueur intermittente à l’œil nu. Je ne sais pas pourquoi j’ai mis si longtemps à regarder à l’intérieur des cristaux concentriques de l’appareillage d’optique. C’est ce matin que j’y ai fourré le nez, et j’ai trouvé, à ma stupéfaction, une tête d’pingle, douze watts et soixante volts, comme une pauvre petite ampoule d’automobile »

Conclusion

Comme Sylvain Tesson et ses forêts de Sibérie, ce grand passionné de voyages nous montre qu’il est capable de se poser et de devenir observateur immobile des cycles de la nature. On trouve plusieurs témoignages dans se sens dans le livre collectif l' »Invention du Voyage« . J’ai un peu de peine à me passionner pour le sujet : condamnée à faire du sur place à cause de mon travail, je ne trouve pas mon compte de dépaysement dans ce récit.

J’entends bien que l’aventure et les explorations ne peuvent plus être ce qu’elles étaient. Mais je trouve ce prix Nicolas Bouvier 2015 et le 2019 : sur la route du Danube, de Emmanuel Ruben, décevants. Décevants en terme de voyages et d’aventures décrits. Ici, le style est très agréable, on peut encore entendre ce prix comme un prix littéraire…

Mais une question me poursuit : ai-je bien démasqué l’Ile, héroïne de ce récit?

Prix et récompenses

  • Prix Nicolas Bouvier 2015 Le Phare, voyage immobile
  • Prix Capri-S. Michele 2003 pour l’Orient
  • Prix San Vidal 2003
  • Prix Latisana pour le Nord-Est 2003
  • Prix du journalisme Marco Luchetta 2006
  • Prix Stresa di Narrativa 2007
  • Prix Chatwin-camminando pour le monde 2007

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*