L’âme du Gange, un pèlerinage aux sources, Tanneguy Gaullier

Le livre idéal pour un confinement : 400 pages de déambulation d’un jeune homme attentif  et empreint de spiritualité, du delta du Gange à sa source himalayenne, soit 3600 km. Au long du chemin, il s’allègera de ses biens matériels (13 kg au départ), de ses peurs et en échange s’enrichira de rencontres de prêtres chrétiens, de religieux hindous, de sages yogi comme des simples citoyens.

Il a trouvé l’inspiration entre autres dans le livre  » Le pèlerinage aux Sources, de Lanza Del Vasto ». Ce livre m’avait également fortement impressionnée à l’adolescence, il faudrait que je le relise.

Ittinéraire le long du Gange

Départ de l‘île de Sagar, sur un des bras du Gange dans son delta, sur le Golfe du Bengale. Le delta du Gange est une immense zone de 300 km de large partagée entre l’Inde et le Bangladesh.

L’auteur après un petit briefing dans un ashram commence par suivre l’Hoogly sur 400 km avant de trouver le cours principal du fleuve, en traversant Hajipur, ancienne ville de villégiature des britanniques, puis séjournant à Calcutta, capitale du Bengale.

Il fait escale à Chandernagor, où il est invité à sa première cérémonie mortuaire.

Il traverse le pont-barrage de Farraka, source de discorde sur la quantité d’eau que l’Inde laisse au Bangladesh.

Dans la province de Bihar, à partir de Patna, ville dont le charme a depuis bien longtemps disparu, il s’offre un détour à  Bodhgaya, lieu ou le Bouddha atteignit l’Eveil sous son ficus il y a 2500 ans. Tanneguy prend le train pour ce pèlerinage dans le pèlerinage, et en profite pour nous informer sur les différentes classes de la sncf indienne, ça peut servir: « Le confort est varié et dépend de la classe. Celles-ci sont nombreuses et méritent l’énumération. La mois chère est la third class unreserved dont les sièges en bois sont très inconfortables. De toute façon il n’est pas possible de s’ assoir à cause de l’affluence. Dans la second class unreserved, les banquettes sont prévues pour trois mais on s’y assoit à cinq. Pour les plus riches il y a les wagons à air conditionné qui se distinguent par le nombre de place par compartiment: three tier air-conditionned, two tier air conditionned class, first class air conditionned.  La sleeper class permet de voyager de nuit et de traverser toute l’Inde en trois jours. Il faut aussi choisir parmi l’éventail des allures. Les Passengers, les trains les plus lents, avancent à 25km/h de moyenne… la Rolls des trains indiens est le Superfast, qui fonce à …. 80 kilomètres / heure. »

Varanasi, égale Benares, est le plus important lieu de pèlerinage Hindou. Le lever de soleil sur ses ghâts, quand les croyants font leurs ablutions, est un moment inoubliable que j’ajoute tout de suite à mon projet de Tour du Monde.

A Allahabad, « l’Oxford de l’Est » indien dans l’Uttar Pradesh,  il assiste à la Khumba Mela. C’est à  Allahabad qu’est tombée une des 4 gouttes de nectar d’immortalité obtenue par le barattage de la mer de lait par les divinités

Il fait une pause à Haridwar. grand centre religieux où Mâ  Anandamayî a fondé son ashram. c’est elle qui a dit « où que vous soyez, c’est là qu’il faut commencer le voyage. »

A partir de là commence l’ascension de l’Himalaya par la région du Garhwal.

Pour des raisons de météo, et de glissements de terrain, on lui interdira l’accès à son but, le glacier de Gaumuckh.

Resté sur sa faim, quelques mois plus tard il reviendra pour le pèlerinage Haridwar, Rishikesh, Gangotri, Kedarnath, Badrinath.

Organisation pratique d’un pèlerinage le long du Gange.

L’itinéraire on l’a vu est simple. notre pèlerin a une tente mais sera presque systématiquement invité par des indiens. Il sera de même invité à boire le thé, à goûter et à diner partout. Ici, quand on accepte une invitation, on a l’impression de rendre service. Exceptionnellement, il se paie un hôtel, est hébergé dans de bâtiments religieux de toutes obédiences.

Les relations sont spontanées, rigolotes quand il est entouré de badauds ne parlant pas anglais mais très satisfaits de le contempler en souriant.

 » Peu à peu je comprenais mieux et j’appréciais le comportement des indiens. D’ailleurs, si j’ai beaucoup aimé l’Inde, c’est en grande partie parce que j’ai beaucoup aimé les indiens. J’ai souvent pu constater qu’ils exprimaient leurs sentiments avec force, tout en gardant un certain détachement.J’ai apprécié leur sincérité, leur simplicité, leur façon de se livrer facilement, en conservant toutefois leur quant-à-soi. C’est un peuple chaleureux qui pourtant ne s’épanche pas. Il peut être à la fois expansif et distant. Ainsi l’Inde m’aura appris à donner davantage de moi-même sans être trop affecté par les déconvenues. »

L’Inde, le sacré au quotidien

Le Gange, Ganga, est une déesse,  » la Mère de tout ce qui vit ».

Il passe chez les adeptes de Krishna, ISKCON, à Mayapur et nous apprend qu’en Inde, ce que nous considérons comme une secte a plutôt bonne presse. Il côtoie les écoles de yoga, qui là bas n’est pas de la gym instagrammable, mais une pratique religieuse.

Notre homme va rencontrer en Inde les expressions les plus spectaculaires de la piété: ceux qui se taisent dix ans, gardent le bras droit en l’air 12 ans, les sâdhus qui avancent par prosternations sur 300km,

Conclusion

Ce livre fait partie de ceux qui arrêtent le temps. La quinquagénaire surbookée oublie la vie citadine et les impératifs quotidiens; on marche sans hâte à la vitesse de l’homme, on séjourne à Calcutta, à Bénarès, en écoutant les récits, les enseignements religieux et les traditions. Les citations littéraires et autres allusions inquiètent au début: Sommes nous tombée sur un de ces jeunes pédants qui va étaler une culture de surface page après page ? Non, l’intérêt pour la littérature semble sincère. La sensibilité religieuse est évoquée pudiquement, c’en est touchant. Au final le texte n’est jamais surchargé ni prétentieux.

Une longue lecture dépaysante, instructive sans être lourde, et tellement relaxante.

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