Là où se mêlent les eaux, L. Geslin, J-A Derens

Une navigation de la pointe de l’Italie au Caucase: l’Europe des confins vue à travers ses ports et ses rivages.

Les auteurs sont des journalistes spécialistes de l’Europe de l’Est. Ils ont navigué autour de l’Adriatique, dans la Mer Egée, et suivi les rivages de la Mer Noire. Au fil de leur cabotage, l’histoire et le présent se répondent, de la légende de Jason, à la construction des aéroports du futur.

Le livre, c’est un chapitre par port. Pour chaque port, une atmosphère, des rencontres, des témoignages, le rappel des événements qui s’y sont déroulés. La géopolitique l’Europe de l’Est vue par les marins.

A Pula, James Joyce est venu enseigner l’anglais: « Un bronze représente l’écrivain assis à la terrasse du café Uliks, à quelques pas de l’amphithéâtre et de l’arc antique des Sergius. Les touristes un peu lettrés viennent prendre la pose à côté d’un monsieur âgé, qui serait resté planté des années à cette terrasse. Bien au contraire, quand le train de Trieste le déposa à Pula, c’était un jeune fou d’à peine vingt ans, qui n’avait qu’une envie, déguerpir au plus vite de cette morne ville de garnison, où la bora fit régner un froid glacial tout au long de son séjour. »

Le canal de Corinthe:  « Missolonghi, là où lord Byron trouva la mort durant le siège de 1824. Désireux de venir en aide aux insurgés grecs, le poète anglais cabotait depuis plusieurs mois à bord de son brick, entre Céphalonie et Ithaque, quand il tomba passionnément amoureux d’un jeune soldat de quinze ans…. la petite troupe débarqua le 5 janvier 1824 dans la lagune malsaine qui entourait la cité assiégée par les Turcs. Les miasmes des marais, l’indifférence du beau Loukas et l’impéritie des chirurgiens qui multiplièrent saignées et lavements eurent raison de lord Byron. Il s’éteignit le 19 avril, conservant à jamais se gloire de premier des philhellènes. »

Le centre de rétention de Chios: « Pour les migrants le monde n’est qu’un jeu cruel, avec ses bons coups de dé, qui font brusquement sauter plusieurs étapes, et ses cases prison qui segmentent l’espace et le temps. Certaines mauvaises pioches peuvent faire revenir en arrière. Rien n’est jamais acquis, les conventions européennes, les lois des pays traversés, ou la mauvaise humeur d’un flic de rencontre tordent le destin des hommes »

On notera qu’à Vilkovo, la petite Venise sur le delta du Danube, nos amis ont fait le même tour en barque que Emmanuel Ruben, qui avec Nicolai, qui avec Andrei. L’aventure n’est plus ce qu’elle était. Ici c’est l’occasion de rappeler l’histoire et les traditions des Lipovènes, les vieux croyants.

Nous sommes en compagnie de journalistes érudits qui tiennent à nous instruire. La navigation est peu évoquée et sans grand intérêt, les ports sont peu décrits, les rencontres sont des interviews. C’est un livre d’histoire rythmé non pas par la chronologie, mais par la géographie, et c’est épuisant. J’ai la même saturation qu’il y a quarante ans, après une visite de musée avec mes parents.

Si vous voulez vivre la sensation inverse, un récit de navigation sympathique, préférez Passages en Alaska, de Jonathan Raban. attention, ce n’est pas le même secteur non plus.

Petite annonce: Livre à vendre, état neuf, lu une fois, 10 euros. Remise en main propre à Lyon

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