La croisière du Snark. Jack London

« Nul d’entre nous ne serait jamais plus jeune qu’aujourd’hui ». Voilà pourquoi, d’après Jack London, il ne faut pas reculer le départ.

En 1907, Jack, son épouse Charmian et des amis, partent de Oakland, pour une croisière autour du monde de plusieurs années. Ils commenceront (et termineront) par une traversée de l’Océan Pacifique.

Le récit de la construction du bateau, le Snark, est un grand moment. Comme le dit finalement Jack London dans la post-face, ce bateau est né sous une mauvaise étoile : »Le Snark est un petit bateau. En prévoyant la coquette somme de sept mille dollars, j’avais été généreux dans mes calculs, minutieusement établis.  Comme j’avais bâti des maisons et des granges, je savais, par expérience personnelle, qu’on dépasse toujours le devis estimatif et j’avais tenu compte d’une marge raisonnable. Or le Snark me coûte trente mille dollars. Ne m’importunez pas de questions, je vous prie;  je vous dis exacte vérité. J’ai moi-même signé les chèques et fait les appels de fonds nécessaires. Aucune explication à fournir là-dessus; c’est l’inconcevable et le monstrueux, et vous en conviendrez avec moi, je le sais, avant la fin de mon récit. »

L’auteur évoque avec son humour habituel sa découverte du surf, dont les dessous hydroliques m’ont laissée perplexe.

J’ai beaucoup ri de son apprentissage de la navigation, et de la traversée impossible de Hawai aux Iles Marquises, réussie justement parce qu’ils ignoraient qu’elle était impossible. Il se plaint de ses capitaines successifs « le genre d’homme à chercher vainement une ile pendant 15 jours et à rentrer sur leur schooner en prétendant qu’elle a disparu de la carte »

Suivent sa vie en compagnie des lépreux de l’île Moloaï, les paysages grandioses de l’île Maui.

Aux Iles Marquises, il rappelle le bon temps du cannibalisme :  «Or, le long cochon n’est pas un vulgaire cochon, comme on serait tenté de le croire, mais un euphémisme polynésien pour désigner la chair humaine. A tout moment, la procession, fils du roi en tête, faisait halte permettre aux porteurs de manifester par des cris tonitruants leur joie de la victoire, leur mépris des ennemis, et le désir de les dévorer. Voilà comment Melville assista, il y a deux générations, à l’exhibition de cadavres de guerriers Happar, enveloppés dans des feuilles de palmier, qu’on transportait au Ti, endroit situé dans l’enceinte des bois sacrés. Une autre fois, toujours au Ti, il avisa un récipient de bois curieusement sculpté et son regard tomba sur les membres épars d’un squelette humain aux ossements encore humide et revêtus, ça et là de ses derniers morceaux de chair. »

Je recommande les dernières pages où la mésaventure biblique d’Eve et de la pomme est racontée en sabir « bêche de mer ».

L’excursion tourne au vinaigre dans les Iles Salomon. Le récit est épique. Certes, nos marins ont ramené leurs têtes, mais ils ont été terrassés par la fièvre, la dysenterie et des ulcères typiques du pays (?), qui les ont contraints à rallier l’Australie.

Jack London raconte ses émerveillements et ses déboires de marin aventurier avec un sens de l’autodérision rafraichissant. Son optimisme dans les pires moments est une leçon de vie.

Autre récit de navigation:

Passages en Alaska, Jonathan Raban

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