Je raconte notre trek de 12 jours au Ladakh

Au jour le jour, je détaille notre itinéraire et la vie pendant un trek au Ladakh. Cliquez ici pour les aspects pratiques d’un séjour de 3 semaines au Ladakh. A Leh, notre acclimatation à l’altitude s’est faite au prix d’un rythme de vieillard : repas légers, soupes, gros dodos, marche à petits pas. Nous avons appris à haleter bien avant d’attaquer l’escalier, à choisir entre digérer ou marcher, à flirter avec les doses max de doliprane, à dormir semi assis,…

Alors que nous patientions pour retirer quelques roupies au distributeur, une dame française derrière nous entrepris de nous raconter, dans un flot verbal angoissant comment elle et son époux avaient été redescendus en urgence d’un col à 5000 mètres pour mal aigu des montagnes. Grosse frayeur: caisson hyperbare pour lui et corticoïdes dans les fesses pour elle. Et pour couronner le tout, une belle facture de transports en urgence et de soins médicaux dont elle n’était pas sûre du tout d’être remboursée. Nos deux migraineux ont fui dès que le distributeur a craché les sous, et sont allés contempler accablés les altitudes annoncées sur le descriptif du périple : 3500, 4970, 4950, 4200, 4600, 5200… On se rassure en constatant que l’altitude des points d’hébergement monte très progressivement, ce qui est intelligent.

Après trois jours, la veille du départ, victoire, nous avons été capables nous hisser au Shanti Stupa. Le débriefing à l’agence nous appris qu’ils avaient perdu le chemin sur une des étapes, et que si notre guide ne le retrouvait pas, ce serait une étape en voiture. Perdre un chemin, ça fait vraiment amateur, et c’est un peu inquiétant. Après quelques jours entre éboulements de rochers, glissements de terrains, ponts effondrés, rivières qui ont changé de lit au printemps et coulées de boue, on comprend: premièrement que oui, ici les meilleurs peuvent perdre un chemin; deuxièmement, l’impermanence de toute chose, y compris des montagnes, devient une évidence.

  1. Likir à Yangtang (6 heures de marche)

Le taxi, notre guide Sonam et notre porteuse Yudon nous ont récupérés à 7 heures du matin à l’hôtel. Après une demi heure de route entre les casernes militaires de la Vallée de l’Indus, nous voici au temple de Likir. Si j’espérais que le taxi garderait nos sacs pour m’épargner une visite chargée avec un sac de sept kilos sur le dos, raté.  Il s’est sauvé, et pour faire bonne mesure la guide nous a remis à chacun une gamelle en  aluminium pleine pour le lunch, et pan, 500 grammes de plus. Je n’ose pas me plaindre, Yudon compacte gaillardement son sac de cinq kilos sur notre sac de huit.

Likir est un beau temple, où la prière des moines était en cours : dans un ronronnement continu, les anciens récitaient par cœur, les sages lisaient leurs livres, et au dernier rang les moinillons se tortillaient, examinaient et commentaient à voix basse le défilé les touristes. Touristes qui ont parfaitement le droit de déambuler, photographier, s’asseoir en tailleur pour méditer. Dans ce léger désordre, les guides expliquent la religion à leurs clients. Notre guide nous a donné une première leçon de bouddhisme dont il semble ressortir que chaque monastère est dédié à un Bouddha, le principal, ou à un autre, ou à son fondateur. Il y a le bouddha blanc (le vrai ?), le bleu et le jaune, comme pour les stupas. Et de décrire le cycle des réincarnations, et après son anglais se délitait progressivement en un texte appris par cœur incompréhensible. Yudon est très pieuse, elle fait les salutations et se prosterne. Sonam ne fait que les salutations. Mais elle est là pour bosser, elle.

Après, fin de la récré, nous voici partis pour une promenade champêtre le long de la rivière, sur un bon chemin, qui m’a fait espérer le meilleur.

Vallée de Likir, première étape de notre trek au Ladakh

Mais rapidement, nous avons quitté la vallée plantée de peupliers, de saules et de champs d’orge. Nous sommes montés, d’un train de sénateur, à travers des paysages de montagne aride, jusqu’au col de Cross Pobe La. Même pas mal. Dans la vallée suivante, un pont effondré nous a obligés à rallonger un peu pour trouver un pont en dur. Pique nique sous les saules à Sumdo (guest-house): Première d’une longue série, la gamelle contient des légumes cuits, du riz, des nans, un œuf dur et une barre chocolatée. Tout requinqués nous avons obliqué dans un canyon bordant un ruisseau asséché. Charatse La est un petit col à 3650 mètres, histoire de se tester.

Charatse La, Ladakh, inde: paysage minéral et drapeaux de prières

Notre but du jour est Yangtang, village situé sur un joli plateau verdoyant, qui surplombe une rivière, dans un univers minéral qui nous deviendra familier. Nous arrivons quand on n’espérait plus à notre étape du soir : on quitte les chaussures et plie les bâtons, on nous indique notre chambre, puis tout de suite thé et biscuits à la cuisine de la famille. Nos guides et la famille consomment du thé noir salé au beurre ; il faut oublier le thé comme boisson sucrée, et imaginer qu’on boit un bouillon salé, et là ça va. Sinon, c’est «mint-tea», qui est en vérité une infusion de menthe seule. Notre homestay est au delà de nos espérances: un bâtiment récemment construit abrite les chambres, et il y a une salle d’eau carrelée : la robinetterie est décorative, on nous offre un seau d’eau chaude chacun pour nos ablutions. Dans la chambre, le matelas au sol est très ferme, genre polystyrène, les couvertures sont bien épaisses et douillettes, comme on le retrouvera partout. Le diner, dans la cuisine traditionnelle, c’est riz, légumes légèrement épicés, soupe de lentilles. C’est bon et généreux.

Les toilettes sèches. Situées, grâce à Dieu ( # odeur ) en dehors des maisons, ce sont des cabanons en hauteur. Le rez de chaussée est le « stockage », qui se trouve volontiers dans l’étable, dans un bien compréhensible souci d’efficacité. A l’étage, une porte qui ferme, ou pas, ou un drap suspendu assurent, ou pas, l’intimité. Il y a une lucarne pour la ventilation, un interrupteur et l’électricité, ou pas. Au sol, un trou rectangulaire de 35 x 20 cm. Un tas de terre et une pelle permettent de tirer la chasse. A quatre heures du matin, l’expédition petite veste, frontale, papier toilette, porte de chambre qui grince, chaussures, permet d’apprécier en vrac mais intensément : le ciel étoilé, la douceur inattendue de l’air (15° ?), l’exotisme de la situation, le retour au lit, la satisfaction d’avoir définitivement réveillé son conjoint et le confort de sa maison de France.

2.Yangtang à Temisgang – 3590 m

(7 heures de marche, pauses comprises) Réveil tôt, à la sonnerie, préparation vite fait, remplissage des sacs et petit déjeuner : thé, omelette, nans, beurre pasteurisé en boite, et confiture dite mixed fruits, gélatine rouge vif produite par dieu sait quelle usine chimique.

Remise de la nouvelle gamelle, miam miam surprise.On démarre en montée bien vive, heureusement sur un bon chemin. Je découvre la capacité de Sonam à adopter un petit rythme adapté à ses touristes, régulier et rassurant. Yudon avec ses quinze kilos sur le dos, a plutôt tendance à caracoler en tête, puis à se poser. On passe Sharmachan La (3870m). C’est sec et pas très sexy, en contrebas des pylônes électriques et de la route, mais, bien fatiguée, je suis contente d’avoir un chemin facile.

Il fait soleil et extrêmement chaud (30° ?) sans la moindre ombre dans ces montagnes désertiques ; la crème solaire coule à flot. Nous rencontrons au col deux jeunes touristes en short, débardeur, petit sacounet sur le dos, parti en free lance visiblement, qui cherche sa route.

Le Village d’Hémis Shukpachu (3690m) est annoncé par un long mur mani, empilement rectangulaire de pierres gravée de prières, ou le plus souvent de la formule sacrée. A contourner impérativement clockwise. Un grand bouddha et un petit temple dominent le village verdoyant, entouré de hautes montagnes sèches. Très loin à l’ouest, des sommets enneigés : le Zanskar. Après avoir visité le temple et fait tourner les moulins à prière pour assurer le succès de notre périple, nous remontons dans de vertes prairies habitées par de jolies vaches dignes du vaudois suisse. Deux jeunes femmes touristes demandent à notre guide ou est la plus haute montagne à escalader dans le secteur…

Puis une ascension progressive et confortable  nous mène à Mebtak La (3820m). C’est notre première découverte d’une de ces profondes vallées entre des montagnes désertiques qui vont devenir de plus en plus spectaculaires; nous commençons à entrevoir la variété des couleurs de la pierre et de la terre; schistes violets ou verts, pierres brunes, sables noirs, blancs ou or…

Nous nous trouvons ici devant un dilemme : l’itinéraire prévoit que nous descendions dans la vallée, 800 m plus bas à vue de nez, pour remonter à Lago La, 3820m aussi. Trois heures de marche en plein soleil, pour un travail nul d’après les physiciens. Alors qu’une route est en cours de construction, qui relie les deux cols suivant grossièrement l’iso. Nous choisissons de nous épargner des souffrances inutiles et de prendre la route pas encore goudronnée, qui offre un beau panorama sur la vallée et qui est surplombée par une montagne de terre rouge. Nous  croisons une femme européenne en tenue légère pour la région, toute bronzée dans son petit short et son débardeur à fines bretelles rose vif, maquillée, parfumée, tous bijoux dehors, qui descend gaiement la route…

Toujours dans les adaptations, notre guide nous explique que la Vallée de la Sham, bof, et que nous pouvons sans regret shunter une journée à visiter l’endroit pour entrer dans le dur. Il apparaitra rapidement que la principale  raison est de rejoindre sa copine guide Nanzes. Nous dormons finalement à Temisgang au lieu de Ang et gagnons/ perdons un jour de ballade dans une belle vallée verte, abritant plein de petits temples et bordant une rivière dont la couleur est incroyable, aigue marine.

Temisgang est un gros village en pente. Il est en travaux : on up-grade le chemin qui le traverse en route, nous slalomons entre les camions, dans la poussière. Il y a plein plein d’abricotiers surchargés de fruits mûrs. J’entrevois qu’à 70 roupie (un euro) les 250g d’abricots, j’ai fait la fortune des marchandes de rue à Leh. Hébergement au Yak Camp & Guest House, établissement très confortable, où nous avons une chambre avec de vrais lits et une salle de bain individuelle avec des toilettes à l’occidentale! En trainant dehors on apprend que les abricots sont ouverts pour récupérer les amandes, dont on extrait de l’huile, puis séchés pour nourrir le bétail. Je comprends que je me suis bien fait rouler par les marchandes de Leh.

En trainant à la cuisine on découvre la fabrication des momos, raviolis aux légumes  cuits à la vapeur. Pour cuisiner, tous se passe au sol : on étale une couverture « plan de travail » par terre, on s’installe en tailleur. On hache menu les légumes sur un billot de bois, avec un grand couteau bien aiguisé. Le réchaud au gaz et les marmites de liquides bouillants sont au sol. Les femmes papotent, les petits enfants tournicotent et se disputent leur attention entre les gamelles…

Nous dinons ici avec un couple d’italiens, pétillants comme ils savent l’être, qui nous indiquent avec passion les choses à visiter en Sicile : conférer vacances de novembre. Il y a aussi Anouk, jeune hollandaise qui voyage en solo, cornaquée par une guide de compétition, athlétique, énergique, brillante, Nanzes. Les trois copines guides de la Ladakhi Women Company ont fait converger leurs itinéraires, après-demain elles chercheront – et trouveront-  ensemble le chemin perdu et nous ne nous quitterons plus.

3. Temisgang à Tar (3520m)

5 heures de marche. Le matin nous commençons, sans les sacs, par monter au temple de Temisgang, qui est fermé.

Temple de Temisgang, Ladakh

Puis nous rejoignons le temple Drinkung Kayud Teksarmo, à une heure de marche, il pluviote. Comme la plupart des temples que nous visiterons, il a une salle de prière qui date de la fondation du temple, peu éclairée et encore assombrie par des siècles de fumée d’encens et de lampes à huile ; des bouddhas centenaires méditent dans leur soie blanche, les offrandes s’accumulent. Au fil des années, des femmes ont laissé des guirlandes de bijoux à l’entrée ;

temple ancien, Ladakh

Un thuya qui a vu la construction du temple s’affaisse dans la cour. Il y a de nouveaux bâtiments richement décorés ; les peintures donnent lieu à la même litanie d’explications incompréhensibles.

Pour éviter les travaux, une voiture nous descend à la grand-route qui longe l’Indus. Nous commençons par passer la rivière sur un pont (ce ne sera pas toujours le cas) puis nous nous engageons dans un canyon creusé par un torrent vif et limpide. Le chemin monte régulièrement dans une belle végétation, croisant la petite rivière à de multiples reprises.  Des falaises nous dominent et se resserrent parfois en goulets étroits.

Le canyon entre l’Indus et tar, Ladakh

A un moment, l’ensemble se structure avec des escaliers, des niches creusées dans le rocher, ou construites en pierre, avec des lampe à encens: l’endroit est sacré. Plus haut, la vallée s’élargit. Il y a des bosquets de saule, dûement taillés : leurs longues branches droites sont utilisées pour faire le plafond des maisons, en une sorte de gros canisse doré. Puis apparaissent des champs d’orge, de lentilles et des potagers. Les petites vaches sont attachées ou entravées. C’est le village de Tar, 5 maisons, notre étape du jour, et ça tombe bien, maintenant, il pleut franchement.

J’arrive avec 2,5 litres d’eau restante sur trois, et je réalise enfin l’intérêt de gérer les stocks au plus près: à quoi bon porter des kilos d’eau dans son sac à dos, alors que nous longeons toute la journée des rivières d’eau purifiable ?

4. Tar à Urtsi. (3400 m)

12 heures de marche avec pauses, pour 9 heures annoncées; Hier soir quand Sonam nous a annoncé un départ au lever du soleil, on a senti venir les ennuis. Ca commence gentiment en continuant de longer le torrent. Son lit s’élargit en plages de galets, on doit souvent le traverser en sautant de caillou en caillou : c’est amusant mais fatiguant et peu efficace. On traverse des ilots d’arbustes piquants. On emprunte des chemins de chèvres sur les versants bien raides de la vallée. La montée est de plus en plus franche, la végétation se raréfie, et à la confluence de deux torrents nous choisissons la vallée de gauche. Ca se met à grimper en S serrés comme dans les Alpes, sur du caillou, puis dans des herbes, et enfin dans du feuilleté de schiste. Plus on monte, plus on s’essouffle. Au début on fait une pause pour respirer tous les 100m, puis tous les 50, puis tous les vingt, puis tous les dix. J’ai l’impression d’avoir cent ans. Nous mangeons vers midi à l’abri du vent, quelques encablures avant Tar La, 4970 mètres. Je suis fière de moi : qu’on ne me casse plus les pieds avec le Mont Blanc. Je ne doute plus que je finirai ce trek. Installés sur un terre plein couvert de gentianes bleues, nous contemplons en contrebas le chemin parcouru le matin. La vue est vertigineuse. Les filles mettent de la musique et dansent.

Entre l’altitude et la digestion on s’arrache pour les derniers 100 m de dénivelé, et là c’est l’éblouissement : entre deux montagnes culminant à 6000 mètres, 1500 mètres de gaz sous nos pieds, avec une visibilité du moindre détail dans un air parfaitement pur. Toutes les couleurs possibles des minéraux sont déployées, du blanc pur à l’albâtre, en passant par les oranges, les verts, les violets, les jaunes. Un géologue pour m’expliquer, s‘il vous plait. Les crêtes acérées se liquéfient en glissements de sables qui sont rebondissent sur d’énormes rochers. Les vallées s’adoucissent jusqu’aux falaises qui bordent les torrents, et, tout au loin, tout au fond, on devine les torrents et leur sillage de végétation vertes, qui sont comme des oasis dans ce désert de montagnes arides.

La descente à Urtsi est interminable ; 6 heures de marche dans ces paysages somptueux, puis à descendre dans une vallée sèche encaissée et obstruée par des éboulements de rochers. On est crevés en arrivant au village. Là nous découvrons le principe de la répartition des touristes entre les homestay. On ne choisit pas, on est affecté selon son ordre d’arrivée. Mais là, on a eu l’impression que personne n’avait envie de nous. Au final, la guesthouse qui nous accueillis était en travaux, et pleine de visiteurs. Nous avons survécu sans salle d’eau, et servis en chambre parce que la cuisine était bondée. Excédé par la fatigue et cet accueil improvisé, chéri-chéri dit foin de ces bêtises,  que l’année prochaine c’est sûr, on va bronzer sur une plage aux Maldives.

 

5. Urtsi à Hinju (3870 m)

Un glissement de terrain a effacé le chemin, nous rejoignons Hinju majoritairement par la route. Nous arrivons peu après midi dans un joli village surplombant une rivière.

Hinju, Ladakh

La maison d’accueil est dans son jus, corridor à flanc de rocher, cuisine petite et assombrie par des décennies de fumées. Après midi pluvieuse où je m’essaie à nouveau à l’aquarelle, notre fenêtre donne sur le petit temple du village. En fin d’après midi, l’averse passée, nous sortons nous dégourdir les pattes. On voit au loin le col de Konzke (4950m) que nous passerons demain. Là haut, c’est de la neige qui est tombée.

Nous tournons autour de l’école, du moulin à prière ; un petit garçon curieux nous escorte. Nous visitons le petit musée. Des objets de la vie quotidienne sont réunis là : jarres pour la fermentation de la bière d’orge, selles de chevaux, moulin manuel en pierre, lampes à huile, beurrier, vêtements traditionnels dont le fameux perak, coiffe traditionnelle ornée de turquoises. Nanzes a fait le mannequin, les filles l’ont photographiée sous toutes les coutures, on aurait dit une bande d’instagrammeuse au travail.

 

6. Hinju à Sumdah-Chenmo (3810 m)

Et hop, tout droit direction Konzke La (4950m). La journée ressemble à avant-hier : longue montée buccolique dans la vallée au départ, puis la végétation se raréfie, la pente augmente, le taux d’oxygène baisse. C’ est certainement aussi dur, mais nos corps sont acclimatés, les jambes sont rodées, la charge d’eau adaptée au plus juste, le rythme de la marche est maitrisé, le mental ne doute pas,… on finit au sommet droits dans nos bottes. Là encore un panorama éblouissant, incroyable, indescriptible, in-photographiable…

Notre trek:Paysage du Ladakh

Entre des sommets enneigés, nous dévorons un délicieux pique-nique de riz, nans, œufs durs, et barre chocolatée pour ceux qui mangent du sucre (on ne répétera jamais assez comme tout est bon quand on a faim). Pas de sucre pour moi.

Nouvelle descente. Ici, la descente n’est pas le truc bâclé vite fait après l’ascension: c’est un projet à part entière, qui vous occupe l’après midi de 13 à 18 heures. Chemin faisant vous perdez vos ongles de gros orteils, déglinguez vos rotules et laminez vos cuisses. Les passages de rivière à gué en deviennent une bénédiction.

A Sumdah, nous découvrons une maison de hobbit, de 400 ans, à moitié troglodyte. Dans la salle commune, le patriarche, comme une statue assise en tailleur, visage parcheminé et barbichette blanche, avoue coquettement 80 ans: on voit bien qu’en vérité il a l’âge de sa maison. Malgré la grande simplicité du lieu, comme toujours nous aurons une chambre propre et confortable, et notre seau d’eau chaude pour nous laver dans une pièce dédiée : 4 m2, un sol de terre battue, une lucarne, une ampoule et une évacuation. Le bonheur après onze heures d’efforts. Enfants gâtés – pourris de la planète, il est utile de se souvenir à quel point on peut être heureux simplement.

Dans ce village le petit temple abrite des sculptures de bouddhas en bois exceptionnelles. A travers les vitres nous les devinons empaquetés de soie blanche. Elles ont l’air bien abimées.

7. Sumdah-Chemno à Chilling (3200 m)

Aujourd’hui, pas un col, mais deux : Lanak La  (4200m) et Dundunchen La (4620m).

Nous croisons des mouflons bleus au départ du village. Ils sont d’un marron clair bien banal, mais Sonam nous apprend que c’est dans leur robe d’hiver qu’ils paraissent bleus sur la neige.

Le premier col est absorbé sans douleur dans la matinée. Le second, est plus costaud, mais on est en pleine forme maintenant. Encore une vue et une descente dans des paysages merveilleux. Chilling est un très gros village sur un plateau dominant la rivière Zankstar . Nous somme accueillis dans une home-stay à l’écart ou la maitresse de maison baratte son lait, dans un mouvement athlétique qui évoque celui du rameur. Nous dégusterons le résultat, un fromage frais genre brousse le soir et au petit déjeuner. Miam.

8. Chilling à Skiu (3350m)

Le chemin est en travaux pour devenir la route de Manali. La voie est poussiéreuse, sillonnée de camions de chantiers. Des travailleurs tibétains viennnent travailler là. C’est une étape bien désagréable. Nous somme arrêtés car on dynamite la montage dans un bruit assourdissant et dans des nuages de poussière. Tout le monde se pose  à l’ombre de la falaise en attendant l’autorisation des cantonniers: caravanes d’ânes et de petits chevaux, touristes de tout poil…

Markha Valley, Ladakh

Vallée de la Markha, Ladakh

Nous passons le Zanskar sur un beau pont tout neuf. Il y a seulement deux ans, on passait encore dans une cage en bois suspendue à un filin d’acier, comme une tyrolienne. Nous entrons ainsi dans la Vallée de la Markha, haut lieu du tourisme.

Skiu venait d’être traversé par une rivière de boue, dont on attendait qu‘elle soit sèche pour la déblayer. Le homestay est très accueillant. Comme on est arrivés tôt et qu’il fait un grand soleil, c’est lessive ! Et ce soir c’est fête, on mangera des momos. J’apprends à les faire, cela me fera une bonne idée d’apéritif végétarien.

 

9. Skiu à Markha (3770m)

C’est un long chemin facile dans une large vallée. Les paysages sont beaux, mais sans comparaison avec ceux que nous avons traversés les jours précédents. On côtoie de longues caravanes de petits chevaux, qui trottinent en silence dans la poussière ; on entend juste le son grave et amorti de leurs clochettes.

Le long de la route des cafés installés sous des toiles de parachute attendent les touristes : on peut commander du thé, des chips, des sodas, des biscuits, se faire préparer des nouilles instantanées. On peut sortir sa gamelle de midi. Généreux, nous invitons toute la compagnie, pour l’équivalent de 2,5 euros pour cinq. Ca va.

A Markha, pour la première fois depuis 10 jours, nous ne somme pas seuls à la guest house, un jeune couple nous rejoint. Nous jouons les vieux trekkeurs blasés face à ces débutants qui ne font «que» la vallée de la Markha.

 

10. Markha à Hankar (4240m)

Techa Goma, Vallée de la Markha

Promenade de santé, un peu corsée lorsque nous grimpons jusqu’au monastère Techa Gompa. Tout là haut, un jeune moine en est à son 2ème mois de séjour, et il doit rester un an. Avant un long hiver d’isolement, il  fait visiblement le plein de contacts humains. Il nous offre thé et biscuits et bavarde gaiement avec nos guides, qui repartent enchantées de cette rencontre.

L’hébergement du soir est entre nous à nouveau. Deux anciens mangent avec nous. La vieille égrène son chapelet boudhiste, verse endormie quelques minutes, se redresse d’un coup, plaisante et rit avec nos guides, et recommence.

11. Hankar à Nimaling (4740 m)

La montée est tranquille et régulière, toujours sur du bon chemin, toujours avec les caravanes et d’autres touristes. Le chemin nous mène à un lac sacré. Au centre du lac, une statue dorée. Derrière, le cône parfait de la montagne Kang Yaze (6200m) enneigée nous domine . Comme il n’ a absolument rien à faire au campement de Nimaling, nos guides décident de passer l’après midi au bord de l’eau. Après le pique nique, nous faisons la sieste, les filles tournent clockwise autour du lac sacré : elles n’ont pas assez marché. Je réussis une aquarelle.

Aquarelle, Ladakh

Montagne Kang Yaze (6200m)

L’endroit est touristique en diable, on voit passer des tas de gens escortés de guides locaux. Il y a une buvette, on partage le thé, on papote, on repart. Un groupe de taiwanaises entièrement couvertes de gants, foulards, chapeaux lunettes pour se protéger du soleil font escale. Des pochettes Vuitton complètent leur équipement.

Après un thé au gingembre délicieux et des biscuits pour le goûter, et nous voilà repartis. La vallée s’élargit en vastes pâturages où coule la rivière Markha. Les jeunes marmottes s’approchent de nous, curieuses ou mendiantes ? Le campement de Nimaling se compose de plusieurs groupes de tentes. Chaque agence de trek semble avoir son secteur plus ou moins élaboré. Nous avons une tente pour deux avec matelas, couvertures et couettes. Il n’y a effectivement rien à faire, pour tromper l’ennui on finit par s’émerveiller et tirer moult clichés de vaches et de moutons que les bergers ramènent aux enclos. Les autochtones doivent nous prendre pour des débiles.

Camping à Nimaling, LadakhEnfin, à 19h, on mange dans une grande tente collective, et après le premier tour de service, on se ressert un peu à la bonne franquette. C’est copieux et très convenable, devinez quoi, du riz, des légumes et des lentilles.

12. Nimaling à Chogdo (3600m) ou Shang-Sumdo

Au petit matin, nous prenons notre courage à deux mains, nos cliques et nos claques, le Col Gongmaru en ligne de mire. Traversée de prairies humides, puis ascension en terrain minéral, super concentrés dans l’effort, maitrisant parfaitement leur souffle, nos héros vont régler l’affaire en une heure trente sans pause, et voilà, 5260 mètres, même pas mal.

Gongmaru La, Markha Valley, Ladakh

Gongmaru La, 5200 mètres d’altitude, Ladakh

La vue est  superbe. En contrebas, des mouflons regardent passer les passants. La descente ressemble à toutes celles que nous avons vécues, donnant un bel aperçu du Ladakh, le vrai, aux touristes qui se sont cantonnés à la Markha Valley.

Une nuit à Shang-Sumdo, et voilà, c’est fini, on redescend à la voiture, sniff.

Dernière image après 12 jours de trek au Ladakh

 

 

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