Ivre de steppes. Un hiver en Mongolie, Marc Alaux

La Mongolie, ses panoramas sans fin où le ciel et la terre se fondent, le vent comme un cheval sauvage, blabla bla… Et surtout, une température annuelle moyenne à – 4,6°C et près de soixante jours d’affilée durant lesquels le mercure reste sous les -30°C.

Marc Alaux est amoureux de la Mongolie, pour le meilleur et pour le pire.
Il raconte trois mois d’hiver dans une yourte d’éleveurs dans la partie ouest du pays. »une yourte modeste, pièce unique de 7 mètres de diamètre et meublée de l’essentiel: deux larges paniers à vêtements, un coffre contenant ce qui ne doit pas être vu, des tapis, un minuscule chiffonier,et une étagère avec les ustensiles de cuisine, un tonneau pour l’eau, deux tabourets et un mauvais fourneau. »

Vie quotidienne en Mongolie

Il y a l’absence totale d’intimité, une hygiène peu orthodoxe -mais à ces températures là même les microbes meurent de froid-, un alcoolisme structurel, une pauvreté extrême. Marc Alaux parle le mongol, et a donc pu suivre les conversations et échanger directement avec ses hôtes sans interprète.  Il est très attentif au mode de vie des gens. Il décrit précisément l’élevage d’un bébé et l’éducation des enfants, par imitation plus que par la parole. L’hospitalité et les relations avec les voisins sont très intenses l’hiver et très codifiées, et rythmées par les fêtes et les travaux en commun. Le respect des anciens et des coutumes, ne sont pas négociables, même pour les jeunes qui étudient en ville.
Il y a des fêtes comme du mois blanc, ou on mange des raviolis à la viande.

Au fur et à mesure de son intégration, au fur et à mesure qu’il gagnait la confiance de sa famille d’accueil, il a partagé les travaux quotidiens et s’est vu confier des responsabilités croissantes, l’apogée étant la surveillance du troupeau, qui représente tout le patrimoine sur pattes de la famille.

L’élevage en hiver en Mongolie

J’ai découvert dans ce livre, bien au delà des clichés et des souvenirs émerveillés des touristes du mois d’Août, des conditions de vie épouvantables.
– la pauvreté des pâturages limite la quantité de foin collectée pour l’hiver, le risque étant de stériliser définitivement les sols en prélevant trop de fourrage
– Et donc en l’absence de réserves de nourriture pour les animaux, la nécessité d’emmener paitre les troupeaux de vaches, chèvres et mouton par des -45°C. Ce qui impose aux troupeaux de vaches, chèvres et moutons (et aux bergers) de longs trajets consommateurs d’énergie, le risque étant que la dépense calorique soit supérieure aux apports de l’herbe sèche trouvée en grattant la neige.
–  Ceci pour le berger toute la journée, après un modeste petit déjeuner, sans collation, avec des bottes aux semelles de feutre de laine.
– Cet équilibre précaire conduit à la mort habituelle d’une partie du bétail à la fin de l’hiver. Quand tout va mal, sécheresse suivie d’enneigement anormalement précoce et intense, c’est le zud. Malgré les aides de l’Etat en compléments alimentaires et en foin, les animaux meurent en grand nombre, les femelles avortent.
– Et les loups prennent leur tribut jusque dans les bergeries.

Le post communisme en Mongolie

Son hôte est élu chef de bag, c’est à dire de circonscription. A ce titre, il reçoit les visiteurs, les conseille, centralise et diffuse les informations, coordonne la mobilité pastorale, coordonne des actions collectives, va aux réunions des chefs-lieux et de canton, se charge de la répartition des aides d’état et des cadeaux politiques,…
En effet, l’auteur décrit une organisation politique léguée par le système communiste. Celui-ci a beaucoup aidé les éleveurs (matériel agricole, douches ambulantes,..) et les anciens peuvent être nostalgiques de cette époque.
Les relations avec les chinois sont tendues, entre mépris et la peur de ces 1,3 milliards de voisins – il y a 3 millions d’habitants en Mongolie.

Conclusion

Le livre est à la fois très informatif et agréable à lire. J’ai aimé les nombreuses photographies qui illustrent bien les situations décrites. les références bibliographiques sont nombreuses et bien exploirées, on sent le scientifique.

Sentence à retenir « Devant sa télévision, Gotov perd sa journée du lendemain »

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