L’invention du voyage, collectif coordonné par Anne Bécel

En attendant le Tour du Monde, Anne Bécel propose de « voyager sans bouger, et de rapatrier jusque dans notre salon, l’esprit du voyage » : c’est l’invention du voyage.

Anne Becel se décrit comme une géographe qui a fait du voyage sa vie, et de sa vie un voyage. Après être allée à la rencontre de nomades, dont elle a découvert en arrivant qu’ils se sont sédentarisés, elle s’interroge sur l’essence psychologique du nomadisme et du voyage.

Des auteurs-voyageurs sont interrogés. Et on relève deux tendances parmi les auteurs qui sont restés au plus près de la thématique:

On ne peut pas voyager sans bouger.

vivre comme un voyageur immobile

Pêcheurs, Ilha de Tinharé, Brésil

 

  • Cedric Gras: l’aspect physique du voyage

Est l’auteur de l’hiver aux trousses: il a longtemps vécu en Russie et est spécialiste de l’extrême orient Russe.

  • Isabelle Autissier, voyager suppose un éloignement

C’est une navigatrice qu’on ne présente plus.

  • Gaële de La Brosse: le voyage intérieur continue après le pèlerinage

Elle nous offre un texte admirable sur les pèlerinages, qu’elle connait bien. L’évolution spirituelle y est si fortement intriquée à une marche longue et non interrompue, que je classe l’auteur dans ceux qui croient le  mouvement indispensable au voyage.

 

Le voyage immobile est une option à développer

  • Charles Baudelaire: rêver d’ailleurs

« Etonnants voyageurs!…  

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !

Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,

Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,

Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons »

 

  • Gilles Lapouge, se perdre en voyage

Voyager chez soi

S’imaginer en voyage

Coucher de soleil, Chapada Diamantina, Brésil

Journaliste et écrivain. Il a vécu 3 ans au Brésil. Son humour m’a donné envie de lire tous ses livres:

Comment s’y prendre, très concrètement pour rentrer en état de voyage sans quitter son quotidien ?

« Sans doute faut-il se perdre un peu ! Rien n’est plus essentiel à mon sens. Je me perds constamment en voyage. Chaque jour, dans ma rue et dans mon quartier, je tente d’en faire autant, parfois avec beaucoup de succès je dois dire. Ce qui fait de moi un grand explorateur. Certes, cela peut sembler prétentieux, mais j’appartient à la catégorie des grands voyageurs, les vrais, ceux qui se sont perdus et dont on a oublié les noms. Christophe Colomb et autres Magellan qui utilisaient la boussole étaient des rien du tout. Contrairement à eux les véritables explorateurs ne sont jamais revenus, ils se sont perdus, ont été mordus par des serpents ou dévorés par des cannibales. »

Paolo Rumiz a passé plusieurs semaines,  au moins le temps de faire pousser des radis, sur une ile de Méditerranée, en compagnie des gardiens de phare. Intelligemment, ce n’est pas un récit chronologique, d’autant moins qu’il ne se passe rien. C’est une succession de chapitres sur des sujets différents: les vents, les animaux de l’île, la pêche, etc. Je ne suis pas convaincue.

  • Tristan Savin,la lecture comme itinéraire

Rédacteur en chef de la revue Long Cours: croit à la lecture comme moyen d’évasion, avant, pendant et après le voyage. Son livre « les trous du cul du monde » est une aimable lecture de gare.

  • Blaise Hofmann, voyager en restant chez soi

Ecrivain journaliste, il souligne que si la curiosité du voyageur est naturelle lorsqu’il est dépaysé, le véritable défi est de rester disponible et attentif chez soi.

  • Olivier Bleys: périples en ville

Il est écrivain voyageur. Pour enchanter son quotidien, il fait le tour de villes dans les quartiers péri-urbains …

  • Sylvain Tesson: le coureur des steppes

Un grand voyageur et marcheur et écrivain, dont chaque livre est un régal: éloge de l’énergie vagabonde (périple à vélo le long des pipeline d’Europe de l’Est), sur les chemins noirs (convalescence en randonnant dans la France profonde). Il décrit ici les 5 voies pour voyager immobile. Il en a fait un art en séjournant seul 6 mois au bord du lac Baikal : Dans les forêts de Sibérie.

  • Pierre Rabhi: une oasis pour le nomade

Notre abbé Pierre de l’écologie, après avoir porté la bonne parole à travers le monde, aspire au repos sur ses terres.

Né dans une oasis, il nous incite à ne pas tomber dans un esthétisme romantique concernant le nomade: »J’ai connu au Sahel des gens qui replantaient, qui reboisaient, puis le nomade arrivait, avec ses troupeaux, et tout était anéanti. »

  • David Le Breton: voyager pour se connaitre

Il est anthropologue et a beaucoup travaillé sur la corporalité. il insiste sur la recherche d’une apesanteur sociale pendant le voyage, qui ne nous libère pas pour autant de notre personnalité. A ce titre, cette apesanteur pourrait être obtenue dans le quotidien. « Le vrai voyage, c’est de se quitter soi« .

  • Kenneth White: le nomadisme intellectuel

Il insiste sur la composante spirituelle, voire politique, du voyage, développant les notions  de voyage intérieur,  au sens de progression spirituelle, de nomadisme intellectuel.
« Ecartons de nos considérations les agités qui ne conçoivent et ne pratiquent le voyage qu’en fonction de leur bougeotte et attachons nous à ceux qui essaient d’aller au bout d’eux mêmes »

  • Marie Edith Laval: pèlerinage au Japon

Volcan Kawah Igen, Java

Dans le même esprit, elle m’a donné envie de faire le pèlerinage japonais de l’île de Shikoku, 1200 km de marche. Passionnée de méditation, heureuse comme Ulysse après un beau voyage, elle conclut que la pleine conscience permet de conserver l’éveil au monde qu’on avait, pèlerin: « La pratique de la méditation ressemble à s’y méprendre à l’appel de la route: laisser derrière soi son port d’attache, quitter les rivages de l’habitude et de ses certitudes, tracer des chemins dans l’inconnu, s’engager dans une démarche radicale en quête d’un rapport franc et sincère avec la vie. Oui, méditer, c’est partir en voyage. »

Conclusion

Ecrit par des voyageurs invétérés, ce livre est biaisé en proposant un amalgame entre le cheminement spirituel et le voyage initiatique. D’aucuns objecteront que se consacrer à son art, la méditation ou le bénévolat, ou que sais-je, leur a permis également de se découvrir et de progresser spirituellement, et je les crois absolument.

Jardin Botanique, Bogor, Java

Et c’est un peu, finalement, ce que reconnaissent les auteurs en développant l’idée de voyage immobile permettant de conserver, dans le quotidien , l’ouverture d’esprit qu’on a pu connaitre au bout du monde:

 » Chaque jour par nos lectures, nos repas, nos méditations, nos créations, nos jardins, nos ivresses, nos luxures, nos chants, nos danse, nos découvertes, nos marches, notre tricots, nos expositions, tenter de voyager en imagination.

Tâcher d’entretenir l’état profond du voyageur, cet état de confiance au monde, d’abandon au destin, de présence à soi, de disponibilité aux autres, de curiosité, d’émerveillement, d’audace. »

Conclusion: ce blog est une tentative de voyage immobile.

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