Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson ♥♥♥

J’ai eu envie de relire ce livre, récit d’une retraite volontaire de 6 mois au bord du Lac Baïkal.
Sylvain Tesson est plutôt bougeon d’habitude ; explorations, escalades, il n’a peur de rien et a sillonné la planète, et les récits sont toujours passionnants. J’ai retenu On a roulé sur la terre, et la Marche dans le ciel, co-écrits avec Alexandre Poussin, et Berezina. Plus récemment Sur les Chemins Noirs raconte sa reconstruction après un accident aussi stupide que grave.

Ici, il s’isole de Février à Juillet, dans une région grandiose, sur les berges du plus grand lac de la planète, dans une cabane, alors qu’il fait couramment – 30 dehors, pour trouver dans l’immobilité ce qu’il ne trouve plus dans le mouvement, et savoir s’il a une vie intérieure. Il emmène plus de soixante livres choisis, et nous offre sa liste.

J’aime son respect de la nature, son dégoût de l’humanité chasseuse pour le « sport » et destructrice des écosystèmes.

 » La vie dans les bois permet de régler sa dette. Nous respirons, mangeons des fruits, nous baignons dans l’eau des rivières, puis un jour nous mourrons sans payer l’addition à la planète. L’existence est une grivèlerie. »

Il contemple la nature, subit le temps qu’il fait, observe les états d’âme du Lac, s’émerveille de l’arrivée du printemps. » En dix minutes,la débâcle ruine les efforts de l’hiver pour ordonner le monde.Le printemps est un spectacle qui devait consterner les généraux prussiens. So sacre a été célébré par un Russe. La glace se disloque, l’eau regagne la liberté. Elle taille des chenaux entre les plaques submerge les morceaux de banquise. »

il côtoie les animaux, croise des ours en toute courtoisie, pêche des ombres et des silures pour le dîner, adopte une mésange et deux chiots.

Il rencontre quelques êtres humains, voisins logés à 3 jours de marche et passants plus ou moins importuns. « Le silence me revient, l’immense silence qui n’est pas l’absence de bruit mais la disparition de tout interlocuteur. L’amour monte en moi pour ces bois peuplés de cerfs, ce lac gorgé de poissons, ce ciel traversé d’oiseaux, le grand amour beatnik m’envahit avec une intensité proportionnelle à l’éloignement de  la bande de VM. Avec eux, tout ce que je crains disparait: la bruit, la fierté d’être ensemble, la soif de chasse – bref, la fièvre des meutes humaines. »

Il parle de lui. Les mots dans ce journal donnent le pouls de l’auteur, chaque jour est différent, les centres d’intérêt et les humeurs oscillent tranquillement. Sylvain Tesson réussit à nous intéresser à tout, du coupage du bois aux recettes de pâtée pour chien en passant par les couleurs de la montagne et la place des ermites dans la société.

« Je lis « Les hommes ivres de Dieu », essai de J. Lacarrière sur érémitisme du IVème siècle dans les déserts d’Egypte. Des prophètes hirsutes, éblouis de soleil, quittaient leur famille et gagnaient les déserts. Ils trainaient leur vie dans les cavernes de Thébaide où Dieu ne venait jamais les visiter parce que, comme toute personne normalement constituée, il préférait  la magnificence des coupoles byzantines »… « Aucun d’eux ne revint au monde après avoir goûté aux fruits vénéneux de la vie solitaire. Les sociétés n’aiment pas les ermites. Elles ne leur pardonnent pas de fuir… L’ermite nie la vocation de la civilisation, en constitue la critique vivante. Il souille le contrat social. »

Génial. Merci Monsieur Tesson.
Et vous les lecteurs, voici ce que vous attendez tous sans oser le demander: la liste de lecture !

liste de lecture pour 6 mois dans une cabane en Sibérie, Tesson

fin de la liste de lecture de Sylvain Tesson en Sibérie

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