Guide touristique: un métier de rêve?

J’ai une cop’ guide touristique professionnelle. Je dis ça comme ça, le vrai terme est accompagnatrice francophone. Elle a fait le tour du monde par petits bouts, en mercenaire. Elle connait la planète comme sa poche. Entre deux tapas, tu lui dis « Leh », elle te répond ho là là, il faut absolument que tu ailles manger chez ma copine Yudon qui tient une petite gargote… vas-y de ma part. Pour prendre le bus de Potosi à Sucre ? Tu descends la place principale, et en bas à gauche c’est la ligne des petits tacots rouges qui vont à la gare routière… les 123, je crois. J’ai des états d’âmes: je ne sais pas où aller cette année: va au Ladakh !

On s’est rencontrées à l’aéroport Charles de Gaulle, il y a des dizaines d’années. J’allais faire un trek en Chine avec Nouvelles Frontières. Elle était l’accompagnatrice francophone. Elle a été une guide extraordinaire.
Celle qui laisse le choix: « vous préférez bien dormir ou bien manger ? »  Celle qui s’adapte: « il tombe des hallebardes, on voir un spectacle ». « … ils ont ravagé le chemin pour faire une route, on peut pas randonner comme prévu, alors c’est pas grave, on va traverser le lac que vous voyez là, en barque, pour visiter le temple qui est sur l’ile ». C’est celle qui sort un saucisson de son sac, en haut du col qu’on a mis 6 heure à atteindre, en plein Yunnan. C’est elle qui fait rire les locaux avec des pitreries sans parole.

Depuis elle reste un peu ma guide dans la vie. Déformée professionnelle, elle me cornaque au Grand Bivouac: « bon, on va faire les stands de gauche, ça nous mènera à 11 heures, pile pour voir le film de mon pote Bob qui est allé à Lhassa à vélo, à 12h30 j’ai réservé dans une auberge que je connais, on ne trainera pas parce qu’il faudra aller à la conférence de ma copine Machine, et après on finira les stands et après on rentre ». Euh, ok.

Bonjour  ma cop’ , et merci beaucoup d’avoir accepté cette interview. 
Merci aussi de m’avoir passé un aperçu de ton extraordinaire collection de photos
Depuis quand es-tu guide pour les agences de voyage?

Je précise d’abord que je ne suis pas guide. On entend par guides, les guides conférenciers, qui sont diplômés d’Universités ou du CNAM, ou des guides pour des zones particulières comme le Groenland.
Je suis accompagnatrice. J’ai commencé dans les années 1990. J’exerce dans des cadres différents; j’organise des voyages pour des comités d’entreprises ou des associations. J’accompagne aussi des groupes pour de grosses agences de voyage. Enfin, depuis quelques années, j’accompagne des groupes de retraités.

As-tu une formation initiale particulière pour accompagner les voyageurs autour du monde?

Non, j’ai fait des études pour travailler dans la pub ! Je bourlinguais beaucoup à titre personnel. J’avais mon BAFA, je travaillais dans des colonies de vacances, puis progressivement j’ai accompagné des groupes de jeunes à l’étranger, en répondant à des annonces d’associations et d’agences de voyages. Je suis entrée dans le métier en présentant mon CV à une agence qui organisait des treks. Ma première vraie mission, c’était accompagnatrice d’un trek au Népal. Au début j’ai beaucoup tourné en Asie et en Australie. En Australie, on faisait un trip de 25 jours en camping et auberges. On arrivait à Sydney, on allait à Cairn, à Darwin, et on traversait le pays du nord au sud en minibus. On campait, on randonnait, c’était pas très cher pour les clients et c’était génial.

Les BTS de tourisme préparent plutôt à travailler à différents niveaux dans les agences de voyage. Les compétences les plus utiles sont le management de groupes et les langues étrangères. L’anglais est indispensable.

Quelles sont les qualités nécessaires pour accompagner des groupes de voyageurs?

Il faut être sociable, aimer être avec les gens. Il faut être patiente, disponible, cordiale et diplomate.
On est au travail: on n’est pas en vacances, dans l’instant présent, mais toujours dans l’anticipation de l’événement suivant; checker le transport, prévenir de notre arrivée à l’hébergement, etc.
Il faut se maitriser, rester calme et efficace quand ça devient compliqué.
Il faut être résistant; on est le premier levé et le dernier couché.

Il faut être curieuse: c’est important de connaitre l’histoire, la géographie, l’économie du pays visité. Il faut s’être renseignée aussi sur les aspects pratiques; jours et heures d’ouverture des commerces, ou et comment retirer de l’argent, etc. Il faut s’intéresser personnes qu’on rencontre. J’aime bien la citation d’Alexandra David-Neel: « Voyager sans rencontrer l’autre, ce n’est pas voyager, c’est se déplacer ».

En quoi consiste ton travail dans ces voyages au bout du monde?

Je représente l’Agence et les clients auprès des prestataires locaux. Je suis la garante du confort et du bien être des clients, je réponds à leurs demandes. J’assure la logistique du voyage: transports, réservations d’hôtels, respect des horaires, etc.

Il faut gérer les imprévus. Une fois je suis arrivée avec un groupe dans l’hôtel promis dans le programme, mais l’établissement n’avait pas reçu la réservation et n’avait pas de chambre disponible, en pleine haute saison ! Là il faut être psychologue et rassurante, pour éviter que le groupe ne s’inquiète. J’ai installé les voyageurs dans un restaurant, et, en une demi-heure, je leur ai trouvé un chouette hôtel qui a été retenu par l’agence pour les voyages suivants.

Accompagnateur dans le tourisme: assurer la logistique

Il faut régler les problèmes des clients. En Equateur, un dimanche, la veille du retour, une des voyageuses s’est fait voler son sac avec son passeport. Bien sûr le Consulat était fermé. J’ai réussi à trouver le numéro de téléphone perso du Consul: il a fait cinquante kilomètres pour ouvrir le consulat et lui établir les papiers indispensables pour le retour. Au final le plus dur a été de faire des photos d’identité un dimanche quand tout était fermé.

Il faut gérer le relationnel avec les gens. Etre bienveillante, patiente, répéter les mêmes choses avec le sourire pour ceux qui n’écoutaient pas, … Il faut être un trait d’union et apaiser les éventuels conflits dans le groupe.

A la fin de chaque voyage, je rends un rapport détaillé de tout ce qui s’est passé, les problèmes logistiques, la qualité des hébergements et des restaurants, si leur niveau correspondait aux attentes… Je liste les points positifs et les points à améliorer dans le circuit. Ca sert de base pour organiser les voyages suivants.

Quel est ton degré d’autonomie sur un périple à l’étranger?

C’est très variable selon le contexte. Je peux être très autonome, gérer le budget et faire moi-même des réservations avant le départ. Sur d’autres voyages, tout est réservé et organisé d’avance.

Après en cas de pépin, je fais pour le mieux:  le groupe bloqué au Népal à cause de l’explosion du volcan finlandais, l’attentat qui paralyse l’aéroport d’Orly

Quelles sont les problèmes les plus difficiles en voyage de groupe?

Les problèmes de santé, c’est le plus stressant. En plus, c’est compliqué parce que la vie du groupe doit continuer son périple pendant qu’on s’occupe de la personne en difficulté.

Par exemple dans l’Himalaya, si un randonneur ne peut plus marcher, il faut parfois l’amener à dos de mule à l’hélistation la plus proche. L’agence de Katmandou et le prestataire gèrent le transport dans le pays, puis l’assurance prend le relais. Alors, il faut me mettre d’accord pour que le guide local continue la randonnée avec les clients, pendant que j’accompagne le blessé jusqu’à l’hélistation, puis m’organiser pour rejoindre le groupe.

Quand le problème survient en ville, je dois accompagner la personne à l’hôpital et transmettre le dossier médical et les examens au médecin référent de l’assurance, qui peut demander des examens complémentaires.

Quelles sont tes destinations préférées? 

Je n’ai pas de pays préféré. Il y ‘a des pays avec des paysages extraordinaires comme le Népal, la Bolivie, le Laos… Mais au delà du visuel, ce qui fait le coup de coeur, c’est la rencontre.

Guide touristique:: l’important c’est la rencontre

Par exemple, j’ai fait le même circuit au Népal  six ans de suite. Dans un village, j’ai été logée chez une dame qui m’a fait une soupe aux orties. Je n’avais jamais goûté. Cette dame était la seule du village à avoir une télé, avec un seul DVD, et bien sûr là-bas elle ne captait pas la télé. Je repassais une soirée chez elle à chaque circuit, et un jour elle m’a dit que son DVD était cassé. La fois suivante, je lui  ai offert un nouveau DVD Quand je lui ai donné, elle était folle de joie, elle voulait me faire plein de cadeaux. Je lui ai dit que je n’avais besoin de rien, je lui ai demandé de me refaire sa délicieuse soupe aux orties.

Ce que j’adore, d’un pays à l’autre, c’est le changement, la variété. C’est Paolo Coelho qui a dit  » Si vous pensez que l’aventure est dangereuse, essayez la routine, elle est mortelle« .

Il y des fois ou tu as eu peur en trek?

Oui, au Népal, j’ai sauvé la vie d’un jeune homme. Avec mon groupe, on finissait une  descente d’un col à 5000m. La nuit tombait. On a entendu crier en contre-bas. Je suis descendue voir, il y avait un jeune blessé aux jambes. Il m’a expliqué qu’il s’était avancé sur un surplomb pour faire une photo, quand la corniche s’était effondrée sous lui. Il était tombé de 10 mètres. J’ai demandé aux porteurs de m’aider à le déplacer pour le protéger d’un nouveau glissement de terrain. Puis j’ai envoyé les porteurs et le groupe au village en leur demandant de revenir avec une civière. Pendant ce  temps je suis restée parler avec la victime pour qu’il ne perde pas connaissance. Il était désespéré parce qu’il commençait juste un tour du monde avec un ami, et là, c’était fini. Je lui ai remonté le moral: il aurait pu mourir dans la chute, heureusement il était resté conscient il avait pu nous appeler, et nous étions le dernier groupe de la journée à passer sur le chemin. Il aurait pu passer la nuit dehors, et à -10°…
Les villageois sont venus avec une échelle transformée en civière; ils ont fait un gué en pierres bien large pour passer la rivière en sécurité. Au village on a trouvé un médecin européen qui a fait les premiers soins, et l’hélicoptère l’a évacué le lendemain matin.

Tu veux me raconter un moment privilégié de tes périples?

Je suis allée, avec un groupe de jeunes, à Sumatra, passer une journée chez les hommes fleurs, les Mentawai, sur l’ile de Siberut. Tu prends un bateau la nuit. Après une marche, il y a une heure de pirogue pour remonter la rivière dans la jungle. On a dormi chez un couple de personnes âgées, dans leur longue maison sur pilotis.

Sumatra : rencontre avec les hommes-fleur

Dans la maison, il y a une partie pour les invités, le coin de l’âtre et la partie des parents. C’est très rudimentaire, sans toilettes ni douche bien sûr. Dans ce village, les jeunes ont appris à pêcher, à faire des pagnes, à fabriquer des flèches empoisonnées. Ca a été génial pour tout le monde. Avec un interprète, on a discuté toute la nuit. On regardait la lune, l’ancienne qu’on appelait Mama, m’a raconté des légendes sur la lune, et moi je lui ai dit:
– Mama, tu sais que des hommes ont marché sur la lune ?
– Marché? ou tu veux dire volé autour de la lune ?
– Ils sont montés là-haut, ils ont marché sur la lune. Et ils sont revenus sur la terre
– Je suis bête, je ne sais rien
– Mais si Mama, tu connais la nature, les plantes et les animaux, et ça c’est si précieux.

Qu’est-ce qui t’énerve chez les touristes ? 

Des gens qui ont déboursé des milliers d’euros pour un voyage, mais qui vont marchander des heures pour un euro, auprès de gens qui ont besoin de cette somme pour nourrir leur famille.
Et aussi ceux qui photographient les personnes à deux mètres sans leur demander leur avis. Ce n’est pas respectueux.

Tu passes combien de temps en voyage par an ?

Je fais entre 6 et 12 missions par an. Les voyages sont plus courts maintenant, une ou deux semaines, alors qu’il y a 10 ans, on était plutôt à trois semaines.

Accompagner des voyages au bout du monde….

Comment vois-tu l’avenir du métier d’accompagnateur pour les agences de voyage ?

C’est un métier qui a presque disparu. Les agences ne prennent plus d’accompagnateurs francophones pour plusieurs raisons. Les guides locaux et les touristes français parlent de mieux en mieux les langues étrangères. Un accompagnateur français, c’est un  salaire avec les charges, le billet d’avion, les frais d’hébergement et de nourriture, qui sont évidemment répercutés sur le prix du voyage.

Ton conseil pour préparer un tour du monde ?

Je recommande de s’envoyer par mail une photocopie de son passeport et le N° à appeler en cas de perte ou vol de la carte bancaire. C’est prudent d’acheter une carte téléphonique locale, ce n’est pas cher et on finira toujours par en avoir besoin. What’ap permet de téléphoner gratuitement en France. Et le site Booking est très pratique pour réserver des hébergements dans le monde entier.

Et si c’était à refaire?

Si c’était à refaire, je ne changerais rien, malgré la précarité et les contraintes sur la vie de famille. J’ai une vie exceptionnelle: pour moi, aucun métier ne permet de voyager autant et n’est aussi épanouissant.

Merci, merci, merci !

Une réponse à “Guide touristique: un métier de rêve?”

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