Des cornflakes dans le porridge, Bill Bryson

Le journaliste américain a vécu 12 ans en Angleterre : on constate rapidement que les anglais n’ont pas le monopole de l’humour.

Voici sa rencontre avec son épouse, à l’occasion d’un job dans un hôpital psychiatrique :«… je regardai ces masses dégoulinantes et me félicitai d’avoir arrêté les drogues dures. A l’autre bout de la pièce j’aperçus une jeune et jolie infirmière qui rayonnait de bonté. Elle s’occupait de ces épaves impotentes en déployant des trésors d’énergie et de compassion ; Elle les guidait jusqu’à un siège, illuminait leurs journées en papotant, essuyait leur menton dégoulinant – Et je songeais : voilà exactement la femme qu’il me faut. »

L’auteur s’offre un dernier tour d’adieu au Royaume Uni, errant en train et à pied au gré de son inspiration, le long de la côte sud de l’Angleterre, au pays de Galles et jusqu’en Ecosse.

Il nous dépeint des petites villes en pleine récession, des villages pittoresques, l’idée générale étant que c’était mieux avant, qu’il n’y a plus grand chose à voir, et qu’il pleut tout le temps, mais ça on le savait.

Oxford, haut lieu de l’architecture classique et de la culture, en prend pour son grade : « J’ai le plus grand respect pour l’université, et ses huit cents ans d’infatigable labeur intellectuel, mais je dois avouer que je ne comprends pas très bien à quoi il sert,  maintenant que la Grande-Bretagne n’a plus besoin d’administrateurs coloniaux sachant faire de l’esprit en latin. Je veux dire que lorsque l’on voit passer tous ces professeurs et tous ces étudiants absorbés dans des discussions profondes sur la controverse Leibnitz-Clarke ou l’esthétique de postkantienne, on peut trouver cela très impressionnant, mais aussi se demander si ce n’est pas un chouïa narcissique dans un pays qui compte 3 millions de chômeurs et où la dernière grande invention, c’est le clou catadioptre» Je tiens quand même à préciser que, d’après des sources extrêmement sérieuses, le catadioptre aurait en vérité été inventé par un français, Henri Chrétien en 1917 à Nice. Non mais. Bref, d’après notre américain, la ville d’Oxford a été massacrée par les urbanistes, ce qui ne m’a pas sauté aux yeux quand je l’ai visitée il y a 3 ans. A 15 km au nord d’Oxford, il y a Woodstock, c’est joli et il y a la tombe de Churchill. Et à Cirencester, il y a des mosaïques romaines dans la forêt.

La cathédrale de la ville de Lincoln semble mériter le détour. Et au Pays de Galles, Ludlow et Durham ont également trouvé grâce aux yeux de l’auteur. A Glasgow, il dit qu’il ne faut pas manquer la collection Burrell. Et il est amoureux des Yorkshire Dales, où il a vécu 7 ans.

Les particularités de la mentalité britannique sont disséquées avec verve, et les dysfonctionnements institutionnels Outre Manche paraissent encore plus alarmants que chez nous. Il décrit les vicissitudes de son premier emploi au Times :

«Parmi les quelques tâches simples dont Vince était chargé, et dont il négligeait en général de s’acquitter, il y avait la communication quotidienne à notre service du bulletin de  clôture de Wall Street. Tous les soirs je devais tenter de l’amadouer pour qu’il me le donne …  en lui faisant observer qu’il était déjà 23h15 et qu’on aurait dû l’avoir à 22h30 »  suivent deux pages décrivant les humiliations subies pour récupérer les informations … «par la suite je découvris que le plus simple était de relever les cours de clôture dans la première édition du Financial Times.»

Il y a aussi quelques coups de gueule écologistes : « Savez vous qu’entre 1945 et 1985, l’Angleterre a perdu plus de 150000 kilomètres de haies – de quoi faire quatre fois le tour de la terre ? L’action gouvernementale en matière d’aménagement rural était si brouillonne que, durant 24 ans, les agriculteurs purent toucher une subvention pour planter des haies, et une autre pour les détruire. »

En tant que française, voir un américain se moquer des anglais, et donner des leçons d’écologie, c’est savoureux comme de voir l’hôpital se moquer de la charité.

C’est un livre hilarant à lire absolument avant de traverser la Manche.

Et si vous voulez aller plus loin, sur l’Australie: Nos voisins du dessous

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