Comment faire un Tour du Monde responsable ?

Voir les côtes bétonnées des Canaries,  la file d’attente pour atteindre l’Everest, la Place St Marc s’engloutir sous le poids du tourisme, donne à réfléchir sur notre responsabilité de voyageur. Cet article s’inspire du livre : « Où partir avant qu’il ne soit trop tard » de Alrid Molstad, auteur norvégien, aux éditions la Découverte.

Un tourisme responsable se définit par «  une activité touristique qui apporte un soutien économique à la population d’accueil, limite au maximum les effets négatifs sur l’environnement et la culture, favorise la préservation de la diversité culturelle est naturelle, ainsi que le respect entre touristes et population locale » Le livre explore les questions du tourisme dans les pays pauvres et les dictatures, des transformations des cultures autochtones au contact du tourisme de masse, des effets écologiques des afflux de visiteurs, etc…

  1. Le tourisme dans les dictatures.

Avant d’aller plus avant, nous nous sommes tous demandé s’il était éthique d’apporter de l’argent à des pays sous dictature. L’exemple le plus emblématique est celui de la Birmanie, où Aung San Suu Kyi avait recommandé le boycott de son pays. L’auteur assure que pendant cette période, les habitants qu’il a pu le rencontrer le bénissaient de son soutien.  D’après lui, pour les populations opprimées, un boycott international constitue une double peine. Premièrement parce que ils sont affamés bien avant leurs dirigeants qui seront les derniers touchés. Deuxièmement parce que leur isolement du monde extérieur devient complet ; non seulement la presse est baillonnée, internet est bloqué, mais en plus ils sont privés de visiteurs susceptibles de leur amener des nouvelles d’ailleurs. Le voyage ne devient acceptable, comme nous le verrons plus bas, que si notre argent va très majoritairement aux locaux, en évitant scrupuleusement les structures étatiques.

Il ajoute que la présence de touriste est un contrôle diffus de la situation du pays: difficile de perpétrer un génocide, de massacrer les forêts, de terroriser les populations, devant des milliers de témoins extérieurs. De plus, à vouloir paraître vertueux, on finit par faire quelques bonnes actions ; ainsi les républiques bananières soucieuses de leur image touristique pourraient améliorer leur comportement. Encore faut-il que les touristes ne restent pas sur leur serviette de bain, tournant le dos au pays, comme aux Maldives où la charia sévit à 100 mètres des plages dans l’indifférence générale.Quel que soit le pays, le tourisme peut avoir des effets favorables :

  • Plus de compréhension et d’amitié entre les peuples.
  • C’est un moyen très direct de redistribuer les richesses.
  • Permettre la compréhension de la valeur financière des richesses naturelles ; fonds marins, grands singes comme à Sumatra… et ainsi impliquer les populations dans leur protection. Certains arguent même qu’une restauration de la chasse aux trophées ultra contrôlée et à des prix astronomiques serait encore plus favorable aux habitants que les safari photo… je pleure

    Le tourisme responsable pour valoriser les éco-systèmes: oran-outang à Sumatra

  • Rénovation des centre ville historiques
  • Soutien d’un artisanat de qualité
  1. Pour une répartition responsable de l’argent en voyage

Le voyagiste auprès de qui vous avez réservé votre voyage « all inclusive » transfère l’argent directement:

  • à un transporteur aérien
  • à une chaine d’hôtels internationaux
    • qui font construire leurs resorts par d’énormes entreprises comme Bouygues, Eiffage ou équivalent. Ceux-ci exploitant des travailleurs émigrés traités comme des esclaves, comme à DubaÏ
    • dont les sièges sociaux sont domiciliés dans des paradis fiscaux
    • qui achètent les aliments de votre demi pension à des grossistes d’envergure planétaire.
    • qui achètent meubles et fournitures en Chine
  • Et au final, ne parviendront aux habitants du pays que les maigres salaires de firmes internationales. Et le montant de vos achats de souvenirs, sous réserve qu’ils n’aient pas été manufacturés en Chine. Et les pourboires.

Ceci est le résultat de la course au tourisme pas cher. Comme dans tous les domaines, les économies forcenées d’amènent pas la qualité. Et il faut garder à l’esprit que ce que nous faisons de nos billets de banque est infiniment plus pris en compte que nos bulletins de vote : opter pour des alternatives responsables signale le potentiel commercial de ce secteur.

  1. L’hébergement équitable

Le tourisme de masse implique un hébergement bon marché, reproductible et efficace, avec piscine, mais aussi situé sur la plage. La solution, ce sont ces immenses complexes hôteliers, sur les côtes de Canaries, d’Egypte ou de Thailande. Et cela passe par l’expulsion ou l’achat à bas prix des terrains du littoral pour un bétonnage systématique des rivages. A cela s’ajoute le gaspillage éhonté des réserves d’eau douce, au détriment de l’irrigation et des populations locales, pour arroser les pelouses et les golfs, remplir les piscines et autoriser 3 douches par jour aux visiteurs, le tout conclu par un rejet des eaux usées dans des conditions particulièrement opaques. De surcroit, ce mode de vie génère des tonnes de déchets dont la gestion est à la hauteur des moyens et de la motivation du pays sur le sujet de l’environnement.

Tourisme équitable: gérer les déchets

Dans les villes touristiques comme Venise ou  Georgetown, l’afflux touristique fait flamber le prix de l’immobilier, qu’il s’agisse de l’achat ou de la location. Les habitants, petits commerçants, artisans ne peuvent pas rester. Ils cèdent le pas (de porte) au mieux à des occidentaux qui ouvrent des boutiques de pseudo artisanat local, et pire à de grandes firmes internationales genre Starbuck ou autre. Les centres-ville perdent leur âme,  leur authenticité, et se transforment en décor vidé de sa substance.

Pour pallier ces inconvénients le plus simple est de loger chez l’habitant, comme nous l’avons fait au Ladakh.

  1. Manger équitable

Il est important d’amener nos devises directement aux petites gens. Manger auprès des marchands de rue, dans les cantines des marchés, dans les boui-bouis locaux, c’est l’assurance de manger local et de donner votre argent à ceux qui en ont besoin.

Tour du monde responsable: acheter local et sans emballage

  1. La gestion éco-responsable des déchets

C’est un casse tête. Ca commence dès l’avion ou on vous a prévu un plateau avec des tas de coupelles et d’emballages en plastique ou en carton, plus ou moins réutilisables ou recyclables. On estime ainsi que pour chaque vol, chaque passager génère en moyenne de 1,43 kg de déchets (source: International Air Transport Association). On n’y peut pas grand chose, à part refuser ou ne pas déballer ce qu’on utilisera pas, comme la couverture, proposer son gobelet personnel pour les boissons pendant tout le voyage, garder des aliments emballés pour un usage ultérieur si on ne souhaite pas les manger immédiatement.
Sur place, comme à la maison, refuser les sacs et emballages divers, les goodies. Ne pas utiliser les objets d’hygiène des hôtels, les mettre à part proprement et ostensiblement pour qu’ils soient utilisables pour les clients suivants. Lors des achats, privilégier les produits non emballés : préférer les marchés aux  épiceries, avoir sur soi des sacs réutilisables.  Au restaurant opter pour la carafe d’eau autant que possible. Au Ladakh, venir avec sa gourde de boisson au restaurant ne posait aucun problème.

Dans la restauration de rue on peut présenter sa gamelle, avoir ses couvert, ce qui limite les ustensiles en plastique. Je sais, le sac à dos minimaliste en prend un coup.

Pensez aux bourses de voyageurs si vous avez besoin ponctuellement d’un anorak, d’une tente…

  1. Du marchandage

Le marchandage est une tradition dans beaucoup de pays. Les marchands ont régulièrement affaire à des touristes peu informés ou très généreux qui acceptent des tarifs délirants. En même temps, ce petit commerçant est à 30 centimes près pour nourrir sa famille; il est toujours difficile de trouver le juste milieu entre passer pour un imbécile et une mesquinerie futile envers des gens aussi pauvres. Garder à l’esprit une échelle de valeur, comme le prix d’un repas dans une rue non touristique, ou le prix d’un kilo de riz,  permet d’estimer le prix des choses avec le même barême que notre interlocuteur.

  1. Du respect des coutumes

Le monde est submergé par la (sous) culture occidentale. Le risque est une uniformisation des lieux, de l’alimentation, de l’hébergement, pour ressembler à l’idéal supposé des voyageurs. J’ai été très surprise de trouver à Sumatra, dans le moindre petit hôtel perdu,  des lits king size que je n’ai même pas chez moi. Ces gens qui dorment par terre sur des nattes ont assimilé que ces meubles monstrueux sont une nécessité incontournable pour recevoir dignement des touristes.

Les jeunes les plus dégourdis apprennent les langues étrangères et se détournent des professions traditionnelles de leurs pères pour une activité bien plus lucrative de guide ou de réceptionniste dans le tourisme. Les savoir-faire se perdent.

Partout, et pas seulement à cause du tourisme, les traditions sociales et religieuses reculent. Dans les sites touristiques, elles se transforment en simulacres adaptés progressivement au goût des spectateurs étrangers.

Les populations doivent être associées à l’exploitation de leur patrimoine pour en tirer un bénéfice direct et pour pouvoir contrôler l’étendue et le rythme des évolutions, et ainsi espère-t-on, les effets secondaires. De plus en plus, comme au Kenya, elles font partie des conseils d’administration des parcs nationaux et réserves.

Il y’a aussi le risque d’une économie à deux vitesses où ceux qui vivent sur les sites touristiques profitent de la manne touristique, alors qu’à 10 km de là on continue à mourir de faim. Il est de notre responsabilité de touriste de louer un vélo pour aller manger dans les auberges des villages alentours, voire d’aller s’y loger chez l’habitant.

  1. Les destinations jetables

Le tourisme bête et méchant qui consiste à aller s’empiler n’importe où pourvu qu’il y ait du soleil, une piscine et un buffet à volonté le moins cher possible garde des adeptes. Je dis bête et méchant, mais j’avoue, je l’ai  fait, jeune mère de deux enfants en bas âge, isolée et exténuée. Un de ses moments dans la vie où on a juste la force de dormir 13 heures par nuit, plus une sieste de deux heures au soleil matin et soir. Comme on dort bien en sachant que les enfants courent avec des petits potes de leur âge, maintenus en vie grâce à une alimentation en libre service ! Le tout en sécurité, vaguement surveillés par des animateurs dans un immense parc clôturé.Mais il faut savoir en sortir.

Le classement d’un site au Patrimoine Mondial de l’Unesco est à double tranchant.  Un classement demande d’abord une prise de conscience de sa valeur par les autorités locales, puis des investissements financiers et des engagements officiels pour la conservation du site. Le risque est que l’afflux de touristes qui suivra ne puisse pas être géré correctement et finisse par nuire à ce même site, sans que les moyens financiers du pays d’accueil ne permettent une protection efficace. Si l’on ne fait pas attention, on peut craindre que le touriste ne transforme l’or en plomb ; constructions bon marché, destruction des écosystèmes par les passages de 4×4 vrombissants, abandon de détritus le long des chemins, sur-pêche, perturbation des animaux dans les réserves, pollution des eaux et de l’air, décharges à ciel ouvert à quelques encablures du paradis. Même au Costa Rica, malgré les droits d’entrée élevés pour les Réserves Naturelles, les espèces animales perturbées disparaissent.

Sans parler de l’achat des terrains, des iles et des monuments par des capitaux étrangers. Après quelques années de sur-exploitation, les bénéfices financiers par visiteur chutent, la destination de rêve est gâchée et il faut en trouver une nouvelle. Ces dernières années ont vu une prise de conscience des tour-opérateurs du fait que le nombre de destinations touristiques sur terre n’est pas illimité. Leur exploitation dans le seul but de rendement financier immédiat, sans réflexion à long terme, risque de tuer les poules aux œufs d’or, comme à Cuba ou à Bali.

Petit exercice pratique.

Prenons (au hasard) un couple de plongeurs de cinquante ans qui veulent aller plonger cet hiver en Mer Rouge. (mais qui à la place, comme tout le monde, testeront confinés). Tous les prix signalés sont « hors plongée ».

  • Le premier réflexe est d’acheter un séjour en demi pension dans un hôtel club offrant un hébergement prévisible, (et confidentiel: 400 chambres) avec un club de plongée inside. On trouve l’affaire dans un catalogue pour la modique somme de 475 euros par personne, en pension complète, vol compris. Et -25% si on réserve très à l’avance. Juste vertigineux.

    Tour du monde responsable: non aux immenses resorts qui bétonnent les rivages

  • Notre couple, sous ma bénéfique influence, prend conscience qu’il ne faut pas cautionner le bétonnage des côtes; on peut opter pour un hébergement dans un village de tentes. Pas d’isolation phonique, pas de piscine, seulement la mer à 20° pour se tremper, sanitaires collectifs, Chéri-chéri commence à tordre le nez ; il préférerait dans le même établissement un bungalow avec salle de bain privative. On a au moins évité le giga resort.  Le tarif passe à 1350 euros pension complète + vol. Ouille.

    Tour du monde responsable: le village de tente est un moindre mal pour l’environnement

  • La vertu intégrale, c’est la chambre chez l’habitant. Problème de localisation par rapport au centre de plongée : allons nous traverser la ville en bus local, en combi et avec les palmes au pied ?  Il faut réserver les séances de plongée à l’avance, de France peut être, dans quel club ? En plus, la perspective de passer les soirées dans une chambrette à regarder CNN, ou même, soyons fous,  à boire des thés à la menthe en ville, au lieu de papoter avec d’autres plongeurs en buvant des caipirinhas paraît moins fun. Mais prix est très raisonnable : 50 euros par nuit+ vol, 360 euros ; soit 700 euros environ par personne. Ca implique de manger des couscous et des tagines en ville et de zoner dans les bars des grands hôtels pour la conversation. Allons nous y parvenir ?

    Tourisme responsable: l’idéal, loger chez l’habitant

Quelles destinations peu connues à retenir de ce livre, qui date de 2009 :

  • La forêt de pagodes de Bagan, en Birmanie
  • Georgetown, en Malaisie

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