Comme une poule qui a trouvé un zafu

Depuis presque un an, je fais zazen au moins une fois par semaine, au dojo ou à la maison.

Très tôt, le bouddhisme a posé sa main sur mon épaule.

Une statuette de bouddha heureux a veillé sur mon enfance.
J’ai été Petit Scarabée.

Petit Scarabée a fait plus que Deshimaru pour le développement du bouddhisme en France

Ado, j’ai dévoré Lanza Del Vasto dans le pèlerinage aux sources.
Puis adulte, j’ai lu un peu tout: Matthieu Ricard, les Dalai-Lama, Thich Nhat Hanh et consorts. Il en reste toujours quelque chose, même si la vie tourne.

Jacques Brosse écrit « Un jour, nous avons entendu ou lu une phrase, une simple phrase, qui nous a ouvert l’esprit et a décidé de notre avenir… Mais, si elle nous a à ce point frappé, c’est que nous étions prêt à l’entendre et à la comprendre…. Ne vous souciez pas  de comprendre dès maintenant l’enseignement que vous recevez. Ecoutez-le seulement, ne cherchez pas à le retenir. Ce sont des semences qui ne porteront leur fruit que plus tard, peut-être dans cette vie, peut-être seulement dans une autre« .

Profondément agnostique, le bouddhisme tibétain avec ses dizaines de divinités spectaculaires me rebutait.

Le bouddhisme tibétain et toutes ses divinités satellites: difficile à admettre pour une agnostique…

J’avais entendu parlé du zen japonais, mais je l’entendais comme d’un art de vivre, d’une sorte de feng-shui, d’un minimalisme exotique avec des jardins de gravier à ratisser, des bonsaïs à torturer, du thé et des bouquets. J’ai découvert le bouddhisme zen en passant la porte d’un dojo.

 

Le Dojo

Zazen au Dojo

Jamais (?) je n’aurais osé passer seule la porte d’un dojo. Ou peut-être que si, j’aurais fini par tenter une initiation.

Là, entre deux confinements, ça ne rigole pas, le Patron nous surveille. Je garde le dos droit, l’occiput en contact avec le ciel et cinquante pour cent de mes genoux ancrés dans le sol. Je fredonne vaguement l’air du  Sûtra du Coeur, je paie la cotise et je nettoie les chiottes: bien que j’aime profondément cet endroit, je reste circonspecte et périphérique.

Mais, déjà, la question d’une sesshin me mine: l’affiche est si belle.

 

 

Confinée à la maison

Faire zazen, le confinement assis

La régularité de la pratique est fondamentale. J. Brosse sermonne ses disciples : « Zazen est une pratique, mais c’est aussi une discipline rigoureuse, contraignante, constante et collective. Or cette discipline, la plupart d’entre vous, sinon tous, ne la pratiquez qu’en sesshin,… Quinze à vingt jours par an… C’est dérisoire et ça ne me fait pas rire. Comment pouvez vous ne pas pratiquer ensemble en dehors des sesshins? Il a suffit que l’on change le jour, et qui s’en est occupé ? Personne… Et vous prétendez que vous faites zazen ! A quoi donc sert l’enseignement ? J’ai horreur de vous faire des reproches, veillez m’en dispenser je vous prie« . Ca barde au Monastère.

Je zazenne à mon compte vingt à vingt-cinq minutes par jour, sur un zafu trop haut ou sur un coussin trop mou selon l’humeur du jour. Quand je suis énervée, je craque au bout de quinze minutes, je regarde le minuteur et je m’y remets penaude.

Je doute: à quoi ça sert ? A rien, je sais: le zen c’est zazen, le nirvana c’est le chemin. Quand l’élève est prêt, le maitre parait. Tant va la cruche au zafu qu’à la fin elle s’éveille.

Je lis, et j’en retiens de choses. Et je fais des efforts pour m’intéresser à tout « Quand vous écoutez le Darma, ne lui superposez pas vos réactions personnelles, vos remarques, vos critiques, vos réserves. Ne l’obstruez pas. Ne dites pas aujourd’hui, c’était moins intéressant qu’hier, je ne suis plus d’accord. Si vous n’êtes pas raccord, c’est que l’enseignement vous dépasse… Ne dites pas celui-ci est un bon Maître. Avec lui, je suis d’accord: nous pensons de même. S’il pense comme vous, alors, vous n’avez pas besoin de lui ».

Le confinement me laisse du temps pour élaborer une tentation de sobriété sinon d’ascèse… ascèse de bobo dans une ville riche: on est bien d’accord. Il faut bien débuter.

Ils savent quoi faire de mon argent. Message reçu.

  • la bienveillance, la patience, la générosité: je sens mes limites: mes pauvres amis,  quand on voit ce qu’on voit, quand on entend ce qu’on entendquand on lit ce qu’on lit sur internet… Je ressens la nécessité de travailler sur mon engagement envers les autres. Comment trouver la bonne réponse entre la lâcheté face à des agresseurs, et la violence, qui évidemment, ne peut engendrer que la violence.
  • Bref, emportée par un élan altruiste, je me suis décidée à me former pour faire de l’alphabétisation.

Lectures:

  • Thich Nhat Hanh: La réponse du Zen au terrorisme.Comment appliquer les principes d’écoute, de bienveillance sans espoir de retour immédiat, de co-production conditionnée et de recherche des origines de la souffrance, à la société et à la politique. Mais aussi comment agir au niveau individuel pour diminuer les souffrance des autres et ainsi participer, comme le colibri qui fait sa part du travail, à nous tirer le cul des ronces  à tirer le Kharma du monde entier vers le haut.
  • Jacques Brosse: Pratique du zen vivant: ce sont des compte-rendus de sesshins avec les enseignements (teishô) – et les questions-réponses (mondô) qui ont suivi. J’ai apprécié que l’auteur reste en retrait, il n’y a même pas sa bibliographie dans l’ouvrage. Il y a des extraits de dialogues qui pourraient prêter à confusion, en ces périodes de chasse au cochon: « venez me trouver tout à l’heure dans ma chambre . Il vaut mieux que nous en parlions seule à seul« ; en fait, c’est une invitation à un dokusan.

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