Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson

Les chemins noirs ce sont les chemins oubliés, non balisés, qui se lisent en filigrane sur les cartes IGN.

«  Dans les années 1980 René Fregni, écrivain de Provence, avait publié un roman où il décrivait la traque d’un conscrit réfractaire que l’autorité militaire poursuivait sur les routes d’Europe.  Un livre électrique frappé de ce titre : les chemins noirs… J’imaginais La naissance d’un mouvement baptisé «  confrérie des chemins noirs ». Non contents de tracer un réseau de traverse, les chemins noirs pouvaient aussi définir les cheminements mentaux que nous emprunterions pour nous soustraire à l’époque. »

Le livre raconte un périple de 2 mois et demi de Tende à Dunkerque à travers la France, par les chemins noirs, donc, et en privilégiant les territoires hyper ruraux.

« Une batterie d’experts, c’est-à-dire de spécialistes de l’invérifiable, a jugé qu’une trentaine de départements français appartenaient à l’hyper-ruralité. Pour eux la ruralité n’était pas une grâce mais une malédiction : le rapport déplorait l’arriération de ces territoires qui échappaient au numérique, qui n’étaient pas assez desservis par le réseau routier, pas assez urbanisés, qui se trouvaient privés de grands commerces et d’accès aux administrations.  Ce que nous autres, pauvres cloches romantiques, tenions pour une clef du paradis sur terre – l’ensauvagement, la préservation, l’isolement – était considéré dans ces pages comme des catégories de sous-développement. »

Les considérations politiques structurent le livre. Elles m’ont paru de bon sens mais peu étayées.

Sylvain Tesson est une de mes idoles. Il a trois qualités que je trouve rares.

C’est un aventurier; il en a l’imagination pour concevoir des expéditions exceptionnelles sur une planète déjà quadrillée et cartographiée de près (Berezina). Dans les limites de ses capacités physiques à ce moment là, « sur les chemins noirs » en est l’illustration.

Il en a le talent pour partager pensées, émotions, observations, anecdotes et les rendre passionnantes pour le lecteur ; dans ce domaine, il me fait penser à Nicolas BouvierEloge de l’énergie vagabonde est également plein d’enseignements et drôle, sans jamais être ennuyeux.

Son goût pour l’isolement et son aptitude à  nourrir ses livres de sa propre vie intérieure est admirable. « Dans les forêts de Sibérie » est une performance intellectuelle et littéraire. C’est un livre que j’ai adoré.

Sylvain a fait une grosse bêtise ; alors qu’il est un spécialiste de l’escalade à mains nues de monuments et de cathédrales, il s’est écrasé en bas d’un toit de 10m. Il a failli rejoindre là les Eric Tabarly (navigateur), Natalia Molchanova (apnéiste), Renaud Ecalle (voltigeur aérien) et tant d’autres, morts bêtement en réalisant une activité de routine, immensément en deça de leurs capacités dans un domaine où ils excellaient.

Ceci nous rappelle que toujours la faute d’inattention nous guette, et qu’elle nous tue, comme le jeune de Into the Wild, ou nous mutile également, qu’on soit expert ou amateur.

Pendant cette randonnée l’ami Tesson rame physiquement. Au moral, je sens qu’il reprend le dessus. Ce livre n’est pas son meilleur. Mais j’ai été heureuse en le lisant comme si j’avais des nouvelles d’un ami cher, sur la voie du rétablissement.

Pour les amateurs de randonnée en France, voir Chemins, d’Axel Kahn.

 

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