Au milieu du plongeoir.

S’engager pour quitter son emploi salarié 4 ans avant la retraite demande du courage.
D’abord, il faut prendre conscience de la finitude de la vie en bonne santé. Puis il faut en tirer les conclusions et concevoir le projet. Pendant 30 ans, j’ai fait passer en premier ma sécurité financière et celle de mes enfants, sans vraiment me poser de question. Puis, j’ai estimé à 50 ans, qu’il était temps de me mettre en mode FIRE, sans connaitre le concept, pour me dégager du salariat et aller mener ma vie en liberté, ce qui est synonyme pour moi de voyager.

Mes projets de Tour du Monde, dans la vie d’avant

Je m’organise depuis maintenant 6 ans : épargne, investissement, préparation morale de mon entourage. Ma cessation d’activité se profilait pour fin 2022 ou début 2023, autour de mes 58 ans. Le décès de mon père me soulage malheureusement du souci de garder le lien avec lui. Il va me laisser un petit pécule, quand madame la notaire daignera… J’utiliserai cet argent pour solder mes prêts immobiliers.

La mise en route à un ou deux ans du départ est éprouvante. L’idée d’aller me renseigner sur les modalités et le calendrier d’une mise en disponibilité ou d’une démission, m’angoisse. Mes comptes sont-ils à peu près juste ? Mon locatif aura-t-il le rendement espéré ? Mon évaluation de ma retraite-malus – le contraire de retraite bonifiée–  est-elle exacte ? Devrais-je consulter un cabinet spécialisé pour être sûre ? Leurs honoraires se chiffrant en milliers d’euro, pour prendre rendez-vous, il faut que je sois certaine de revenir avec ma réponse !

Quand les envies de Tour du Monde diminuent

Parallèlement, l’état du monde donne envie de se blottir sous la couette. Rendue sédentaire par la crise du covid, j’ai oublié que je suis capable de me dépatouiller à Sumatra, et même prendre un TGV pour un congrès à Paris me parait un peu audacieux. De plus le « Grand Dehors » présenté par les médias est démoralisant. Covid, crise financière, guerres, insécurité des femmes, fermeture des frontières,… franchement, on est pas bien, tranquille chez soi ?
Pour couronner le tout,  je réalise que mon envie de quitter mon job est passée au premier plan avec la crise du covid. Je suis au bord du burn out, et c’est la perspective de mon départ qui me tient en selle, indépendamment de tout projet de voyage. En plus je vieillis, j’ai de moins en moins d’énergie et de plus en plus de douleurs. Je deviens aussi vieille dans la tête: je deviens angoissée.
Donc, déjà, je suis un peu incertaine, à mi chemin sur le plongeoir, avec mon sac sur le dos.

Macron m’a tuer ?

Et voici que Manu Macron annonce le report de l’âge de la retraite à 64 ans– Aaaarghhhh, damned, gasp. Née en 1965, les deux ans de plus, je les prends intégralement. Et c’est la double peine. Le recul de l’âge de la retraite de deux ans, à date de démission égale, disons à 58 ans, ça impose d’avoir des économies pour m’auto-financer deux ans de plus, et de surcroit de vivre après avec une retraite pénalisée de 8 semestres de plus. Ce n’est plus une libération anticipée, c’est un suicide financier.

Tou’ du Monde or not tou’ du Monde ?

Faut-il tenir coûte que coûte mon programme, en me disant que le montant de mes avoirs divisés par mon espérance de vie (gloups, encore 40 ans, dont combien dépendante ?)  auxquels on additionne au moins un minimum retraite, ça le fera, et qu’il y a bien plus mal loti que moi. Me motiver en me répétant que ce n’est pas une escouade de politicards séniles qui vont disposer de ma liberté à moi. Garder à l’esprit que le le temps à vivre non seulement en bonne santé, mais assez en forme pour profiter du Monde m’est compté. Dans ce cas, je tiens mon programme, quoi qu’il en coûte: novembre 2022.

Ou alors, prendre mon mal en patience, avancer sur la voie de la zenitude, de la gestion du temps de travail et du triathlon. Je finirai alors en même temps que Chéri-Chéri (qui prend lui 6 mois à un an de pénalité avec la réforme des retraites, donc on va dire Octobre 2025), en pleine forme. J’achète un vélo (ceci est un effet de style, il n’y a plus de vélo à vendre), je remplace ma montre tom-tom qui a rendu l’âme ce week end, et je profite de la vie. A nous les petits week-end ruineux.
Notez que mes rudiments de bouddhisme n’aident guère  à la décision; d’un côté le détachement des choses matérielles laisse à entendre que je pourrais partir errer juste avec un bol pour quémander mon riz quotidien. Aussi bien, d’un autre côté, accepter les choses comme elles sont et continuer de pointer au taf tous les matins sans demander plus est aussi une option.

La voie du milieu, est-ce de changer de rythme professionnel, avec un mi-temps et / ou en continuant ma micro-entreprise ? Il me semble que ma micro-entreprise me laisserait plus de liberté. Je vais tenter dorénavant de grouper mes missions, pour voir s’il est faisable de me garder un mois de disponibilité par trimestre. Cette solution me permettrait de cotiser quelques trimestres, de ne pas vider les caisses trop vite, tout en m’offrant des grands moments de liberté.

Je passe en mode frugalité totale et définitive. J’ai commencé ce 1er juillet une évaluation super précise de mes revenus hors salariat et de mes dépenses incompressibles, pour évaluer ma marge de manœuvre: Le site internet de ma banque permet de classer les revenus et les dépenses par catégories. On peut ensuite consulter les statistiques.  J’ai mis ce système à mon service pour évaluer ma situation sur un an: 3 icônes pour les dépenses: ce qui disparaitra (frais professionnels, remboursements d’emprunts…), les plaisirs modulables (bars, abonnement piscine…), les débours qui continueront (alimentation, charges du locatif…) Et 3 icônes pour les revenus; ce qui disparaitra, donc le salaire, ce qui continuera, le loyer du locatif, et  les revenus de la micro entreprise qui pourrait perdurer dans un premier temps. Et on va voir ce que ça donnera.

Mon conseil désintéressé

Emmanuel, ne fais pas cette réforme de la retraite immédiatement : la France a besoin de montrer au Monde qu’elle peut rebondir après le covid. Ce n’est pas le moment de déclencher des grèves générales. En plus, tu y laisserais tes chances de réélection. Si j’étais toi, je préviendrais bien, comme tu le fais actuellement, que je vais faire une réforme dure des retraites. Si tu es réélu, tu pourras aisément faire taire les oppositions en arguant que c’est pour ça que tu a été renouvelé dans tes fonctions. S’il te plait. Mets ça en route à partir de la rentrée 22. En attendant, j’économise compulsivement, comme si c’était la seule solution possible à toutes mes interrogations existentielles.

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