Un art de parcourir le monde. Florian Coupé.

Une prénommée Laura, et Florian Coupé, ont chargé leurs vélos et sont partis de la Cathédrale Notre Dame de Paris pour toucher l’Océan Pacifique. Un périple limité à un an, la durée légale du congé sabbatique.

On est sur un itinéraire de type Route de la Soie, traversant l’Europe par Sarajevo, les Balkans, la Turquie de Erdogan, l’Iran, vécu sur le qui-vive après une agression de Laura, l’Inde, et enfin le Sud-Est Asiatique, pour finir à Hong Kong, et revenir en 12 heures d’avion. Si le vélo exclusif était l’idéal de Florian,  ce rêve n’a pas résisté aux difficultés du terrain et à l’épuisement de Laura semble-t-il.

Les hébergements se sont adaptés aux opportunités, du camping, en passant par le petit hôtel, par le couch-surfing, warmshower (chaine de solidarité-hébergement entre cyclotouristes), l’hospitalité de connaissances antérieures ou l’invitation de locaux. Visiblement, et des témoignages d’amis cyclistes le confirment, warmshower regroupe des passionnés capables d’offrir le gite, mais aussi le couvert, et en plus de donner de leur temps pour faire les honneurs de leur ville.

Malheureusement, pressés par le temps, nos cyclistes n’ont pas eu le temps de visiter les monuments et lieux d’intérêt sur leur route. Je trouve cela tellement dommage. Actuellement en Grèce, j’ai aimé séjourner à Thessalonique et j’ai adoré le tombeau de Philippe de Macédoine par exemple.

C’est Florian Coupé qui raconte le voyage. Consigne de sa compagne après leur rupture,? Laura, à peine évoquée dans la préface de Franceshi, absente de la 4èmede couverture, apparaît très brièvement, de loin en loin au cours du récit comme l’empêcheuse de tourner en rond, avec qui il a fallu négocier l’itinéraire, qui ralentit l’équipe,… Cette représentation est étonnante. Les autres voyageurs que j’ai lus envoyaient une image positive de leur(e)s compagnons de route : Sylvain Tesson dans Berezina, Sonia et Alexandre Poussin…

Sans remettre en question la performance que ce voyage représente, ce livre ne m’a pas passionnée. Le style est honnête sans être attachant. Le titre présomptueux, la préface dithyrambique de Franceschi, le prix du témoignage d’aventure accordé en 2020, me paraissent exagérés par rapport à l’œuvre. Ce n’est absolument pas la faute de l’auteur, mais l’ensemble confirme ma triste impression qu’aujourd’hui, en matière de voyage, ne parlons même pas d’aventure, tout a été fait, tout a été écrit. Trop de récits de la Route de la Soie, dans le sens ouest-est et orient-occident, à pied, à vélo, en stop, ont précédé, et le sujet commence à s’épuiser à mon avis.

Le récit des contacts humains est la marque des voyages authentiques (sinon, on se déplace, comme on sait). La prudence veut qu’on se souvienne qu’on a pas toujours en face de soi des politologues modérés et objectifs. Le point de vue rassurant d’un jeune Serbe sur la situation de l’ex-Yougoslavie, entre autres exemples, m’interpelle : « Sur les photos, je le distingue avec deux autres gars plus âgés, vêtus d’accoutrements kakis dépareillés : « On est déguisés en Tchetnicks, tu connais les Tchetnicks ? » Et comment, on les connaît, il s’agit des bandits Serbes qui ont arpenté le pays pendant la guerre, égorgeurs de Bosniaques et brûleurs de villages. Devant mes yeux ronds, il me rassure : « t’inquiète pas, c’est un déguisement pour un téléfilm… on est comme ça nous, les Sarajeviens, on aime bien l’humour noir ».  Hummmm.

Voyageur à la force « musculaire » et au contact des populations, Florian se distingue fermement du touriste honni. « Le tourisme de masse et les mensonges qui l’accompagnent ne nous sont tout simplement plus possibles. Les bus s’arrêtent à l’entrée des excavations et les touristes qui en descendent ne quittent pas ces alentours factices. Les passagers de ces cars connaissent-ils quelque chose de vrai des pays qu’ils visitent ? Plus graves, sont-ils conscients de ce qu’ils découvrent et de ce qu’ils ne découvrent pas ? »

Les rappels historiques,  bibliographiques,  sont toujours bienvenus, parfois sous forme de texte parallèle.

Cette lecture m’a permis de réfléchir à la conception de notre futur voyage. Je me suis arrêtée sur trois points :

  • Le rythme du voyage : notre grande chance sera de ne pas avoir de date de retour, et donc d’avoir le temps, ultime richesse. Du temps pour visiter, du temps pour vivre au rythme des habitants. La permission de faire des détours, d’attendre que la météo soit favorable à nos projets. Du temps pour bien préparer l’étape suivante,… pour éviter d’en perdre.
  • Comment visiter les sites naturels, les monuments d’intérêt, sans se trouver mêlés aux touristes, qui visitent évidemment les endroits qui valent le déplacement? Visiter tôt le matin ou tard le soir, permet d’éviter la foule, mais ne répond pas au problème de fond liés au tourisme de masse. Visiter le monde sans en voir le meilleur, de routes en auberges, avec une communication insatisfaisante du fait des barrières linguistiques, a-t-il du sens au delà de la performance sportive?
  • Le voyage en couple. Comment survivre à un long voyage ? « Le voyage fut un révélateur, un accélérateur de la décomposition de notre duo. Les germes de la désunion étaient déjà là. La vie nomade à deux cents pour cent accéléra tout. Les amoureux devraient tous partir en expédition avant de s’engager. Françoise et Claude Hervé, qui ont voyagé pendant quatorze ans à vélo tout autour du monde, ont bien dit que les années comptent triple quand on vit ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre. » Comment faire pour que chacun vive ses envies, sans que l’autre ne se trouve en difficulté physique ou psychique ? Probablement comme dans la vie de tous les jours, en sachant chacun: exprimer, écouter et accueillir, les « d’accord sans réserve», les « essayons pour voir, mais j’ai le droit de dire stop » et les « non ». Et certainement inclure au programme des moments de respiration où on n’a pas les mêmes activités.

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