Année sabbatique en fin de carrière: pour ou contre ?

Pourquoi attendre la retraite ? La plupart des salariés ont le droit de prendre une année de disponibilité tous les 7 ans. L’idée est séduisante, pour se passer ses envies de voyages, ou pour prendre des petites tranches de retraite anticipée bien méritées.

Comment prendre une année de disponibilité pour voyager ?

Pour faire simple, quel que soit votre statut, c’est toujours possible.

Etudiant :Année de césure ;

Il suffit d’adresser une demande, accompagnée d’une lettre motivation, à l’administration de l’Université ou de l’Ecole. Pendant cette année l’étudiant garde son statut, y compris sa couverture sociale. Il peut même percevoir sa bourse d’études, si il a un projet en rapport avec son projet professionnel: perfectionnement en langue, activité associative, bénévolat… Un tour du monde est peut-être plus difficile à justifier.

Salarié du secteur privé : l’année sabbatique ou le congé sans solde

L’année sabbatique est un droit bien réglementé, alors que le congé sans solde est un accord de gré à gré entre le salarié et son employeur.

Pour avoir droit au congé sabbatique, le salarié doit justifier de 6 années d’activité professionnelle dans le secteur privé dont au moins 36 mois dans l’entreprise où il travaille au moment du départ.La durée du congé varie de 6 mois minimum à 11 mois maximum.Sa demande est adressée par courrier recommandé au moins 3 mois avant la date de départ en congé envisagée. Selon la taille de l’entreprise, l’employeur peut modifier la date de départ. Après un congé sabbatique, le salarié retrouve son emploi précédent ou un emploi similaire dans l’entreprise, assorti d’une rémunération au moins équivalente à celle qu’il percevait au moment du départ en congé.

Entrepreneur indépendant

Il est libre. Est-il possible de laisser son entreprise toute seule pendant un an ? A priori, le bon chef est celui qui ne sert à rien : grâce à une organisation parfaitement huilée, il peut passer ses journées au golf. Et que ce golf soit en France ou pas, ça ne change rien. Théoriquement. En vrai, une amie commerçante voit quand même ses ventes passer du simple au double quand elle garde elle même sa boutique.

Fonctionnaire : la mise en disponibilité

C’est une période similaire au congé sabbatique dans le secteur privé. La durée est de 5 ans au maximum. Le fonctionnaire en disponibilité, n’est plus rémunéré par son administration de rattachement. Il n’acquiert plus de droit à retraite au régime spécial de retraite des fonctionnaires. Il n’a plus de droit à avancement d’échelon ni de grade, sauf si il  exerce une autre activité professionnelle. L’activité professionnelle prise en compte peut être toute activité lucrative, d’une durée supérieure à 600 heures par an, ou générant un revenu brut annuel au moins égal à 6 018 €.

Chômeur ou malade

On est là soumis à des contrôles et on a des comptes à rendre aux organismes payeurs.

Organisation d’un Tour du Monde

Un an c’est long et c’est court. Il y a 5 continents et autour de 200 pays sur cette terre. Il faut du temps pour s’imprégner de l’atmosphère d’une ville, comprendre un peu une culture, voir passer les saisons. Il faut être sans contrainte pour partager un bout de route avec une rencontre, vivre un événement imprévu, profiter d’une opportunité, plonger, revenir pour faire la bonne photo avec la bonne lumière,… Et puis, vivre à son rythme, dormir autant qu’il faut, faire la grasse matinée un lendemain de fête,  faire du sport, sa lessive, prendre le temps de se renseigner pour avoir les bons prix, pour marchander, pour randonner…,

Comment faire en un an, entre billets d’avion pré-réservés et moyens de transport à attraper de bon matin? Même en limitant drastiquement le nombre de pays à visiter, on va dire à une douzaine, il ne faut pas trop trainer. Et en voyage, on ne voit pas le temps passer, et on a le retour en ligne de mire assez rapidement.

Un indépendant, un étudiant en fin de cursus peuvent partir sans date de retour. Pour moi, le concept d’année sabbatique de onze mois n’est pas synonyme de liberté.

Le prix d’une année de liberté

A moins d’être né ou d’être devenu rentier, une année de liberté coûte cher

Les dépenses directes

Une année de voyage est estimée à 10-15000 euros par la majorité des tourdumondistes. Cette somme dépend du fait de partir seul ou à deux, car à deux on partage le principal poste de dépense, qui est l’hébergement. Le choix des pays et leur niveau de vie pèse lourd dans la balance, Pour des régions financières évidentes, les tour du monde se passent souvent dans des pays bon marché : Inde, Viet nam, Laos, Bolivie…

Les billets d’avion sont un gros poste également, que l’on choisisse l’option billets d’avion classiques successifs, ou un billet tour du monde la note est salée .Pour un billet tour du monde, je trouve des tarifs de l’ordre de 3500 euros. Et là, on reste sur les sentiers battus. Et sur une période courte d’une année, l’avion est un peu incontournable si on veut avancer. A moins de renoncer au principe de faire le tour de la planète, et d’opter pour un itinéraire en raquette de tennis. J’entends par là prendre un vol aller retour très bon marché, pour la Thailande  par exemple, puis à partir de cette base, organiser un circuit en Asie du Sud Est et Indonésie par exemple avec des moyens de transports locaux . Il y a de quoi jouer.

Votre budget varie  aussi en fonction du train de vie que vous vous accordez : auberge de jeunesse, couch surfing, petits hôtels… Repas achetés au marché, dans la rue, pieds sous la table dans des restaurants occidentalisés ? Enfin, même pour les plus économes, il y des frais incompressibles de visas, vaccinations, équipements,…

Les dépenses indirectes :

Elles ne sont pas les moindres. Il va falloir vider un appartement puis le re-remplir en revenant : donc vendre pas cher ou donner des choses que vous rachèterez tôt ou tard. Ou payer le stockage.Il va falloir résilier des abonnements et re-payer au retour.

Si vous achetez votre résidence principale ou investissez dans l’immobilier locatif, le d’un ou plusieurs remboursements de prêta vous coûter des intérêts pendant la durée correspondante. Un locataire qui décide d’arrêter de payer son loyer, c’est plus grave si vous êtes. encore en train de rembourser. Attendre quelques années pour partir avec des prêts soldés, ça rend plus serein.

Si vous avez des biens en location, vous ne pourrez plus les gérer vous même, pour les travaux, ou les changements de locataire. La délégation de la gestion de ces locatifs.  vous coûtera environ 10% des loyers. Mais aussi et surtout, une perte d’efficience évidente.

Si vous êtes locataires de votre résidence principale, le fait de quitter votre logement implique de retrouver un nouveau probablement plus cher au retour, et de re-payer éventuellement des frais d’agence.

Si vous êtes propriétaire de votre résidence principale, vous aurez certainement intérêt à la louer meublée, pour éviter de la vider et établir un bail de un an correspondant à peu près à votre durée d’absence;

Et n’oublions pas le non perçu; un an d’année sabbatique, c’est un an sans salaire ou revenu, c’est un an uniquement à dépenser. Pendant cette période, on ne va pas épargner, donc pas investir. Si vous épargnez habituellement 3000 euros par an, cet argent placé à 2,5% pendant 25 ans vous aurait rapporté le double. En vrai, on a plusieurs années de revenus perdus pour l’investissement: celles de la phase d’épargne en vue du départ, et celle non travaillée.

Année sabbatique et retraite.

Les trimestres, les précieux trimestres. Est-ce raisonnable d’en perdre quatre à une époque ou le nombre nécessaire pour se retirer augmente sans cesse ?  En effet les réformes se succèdent, repoussant toujours l’âge de la retraite à taux plein. Les quinquagénaires sont comme l’âne qui poursuit une carotte au bout d’un bâton. Chaque année, l’objectif recule. Il est annoncé que  l’âge auquel vous pourrez demander votre retraite resterait 62 ans.  Mais la prochaine réforme semble prévoir que de toute façon le taux plein ne soit accessible qu’à 64 ans, avec les trimestres validés. C’est donc huit trimestres de plus qu’on nous demande. Le taux plein devient un graal inaccessible. Ma conviction intime est de toute façon que les retraites vont devenir peu à peu la retraite minimale pour tous, car le système ne fonctionne pasVous êtes condamnés à épargner pour votre retraite de toute façon.

J’ai cru comprendre que la décote est plafonnée à 20 trimestres (5 ans), donc 1,25 % x 20 = 25%. Donc, il est inutile de s’acharner à valider des trimestres si il en manque plus de 20 au final.

 

Année sabbatique ou retraite anticipée ?

Je ne pense pas ici à une mise en retraite anticipée négociée avec l’employeur. Sauf merveilleuse surprise, je ne suis pas concernée. Je pense à partir quand cela me convient, bien avant l’âge légal auquel je pourrai demander ma retraite, et ne parlons même pas de retraite à taux plein. C’est à dire une bonne grosse démission, avec pas assez de trimestres et une décote maximale. Et pas de date de retour non plus.

A quelques années près, les emprunts sont soldés, les enfants sont indépendants financièrement. Partir affranchi de ces responsabilités peut justifier d’attendre un peu.

Quand on devient un senior à quelques années de la retraite, les belles paroles qui promettent au retour de l’année sabbatique un emploi similaire  à celui qu’on occupait au moment du départ en congé… on peine à y croire. Dans un contexte de management concurrentiel il peut être difficile de retrouver sa place. Les jeunes dynamiques auront pris leurs aises, se seront autonomisés, auront remplacé le vieillard dans ses responsabilités. Repartir dans un autre service sans légitimité et sans antériorité peut être épuisant.
Et puis, dans la tête, après une telle parenthèse, pour peu d’années, la motivation sera-t-elle au rendez vous ?

Conclusion

Si vous êtes jeunes, partez. Si vous êtes à mi carrière, partez.

Si vous voyez la ligne d’arrivée, réfléchissez bien. Les conséquences d’une année sabbatique ne sont pas les mêmes à 30 ans et à 55 ans. A 55 ans, les emprunts sont près d’être soldés, les enfants autonomes, quitter son travail est périlleux. Quinquagénaire, ont peut vendre sa résidence principale ou avoir un pécule, ou la louer sine die. L’idée de na pas revenir travailler est séduisante.

 

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